Editions Tharpa - Livres sur le bouddhisme et la m&ecute;ditation

Tharpa Canada

Livre français au canada
       Choisissez votre Pays/Langue :
       

Comprendre l’esprit

La nature et le pouvoir de l’esprit

Format: Couverture souple
Détail: 176 pages, livre relié à spirale - format 14
Prix: Can $20.95  
 
Formats disponibles
Couverture souple

Cette explication exhaustive, basée sur les enseignements de Bouddha et sur les expériences de méditants accomplis, nous présente une vue pénétrante de la nature et des fonctions de l’esprit.

La première partie décrit en détail les différents types d’esprit. Nous découvrons la profondeur de la compréhension bouddhiste de la psychologie humaine et comment l’utiliser pour améliorer notre vie.

La deuxième partie est un guide pratique qui explique comment développer et conserver un esprit clair et positif. Elle nous montre comment reconnaître et abandonner les états d’esprit néfastes et comment les remplacer par des états d’esprit paisibles et bénéfiques. Nous faisons alors cette découverte remarquable : il est possible d'atteindre un état de joie durable, indépendante des conditions extérieures.



Extrait du livre:

Le facteur mental discrimination

DÉFINITION DE LA DISCRIMINATION

La discrimination est par définition un facteur mental dont la fonction est d’appréhender le signe non commun d’un objet.

Chaque objet a des caractéristiques qui le différencient des autres objets et qui nous permettent de le reconnaître. Le facteur mental discrimination a pour fonction d’appréhender ces caractéristiques non communes. Quand nous regardons un arbre, par exemple, notre conscience de l’oeil connaît l’arbre, car elle discerne ou fait la discrimination des signes non communs de l’arbre. Si notre conscience de l’oeil était dépourvue du facteur mental discrimination, elle ne pourrait pas distinguer l’arbre des autres objets et elle ne pourrait donc pas le reconnaître. Pour reconnaître un objet, il est nécessaire que nous comprenions quels sont ses signes non communs, ou caractéristiques, qui le définissent. Un nouveau-né par exemple ne comprend pas les signes non communs d’un bracelet-montre et il ne peut donc pas le reconnaître en tant que tel.

FONCTION DE LA DISCRIMINATION

La fonction de la discrimination est de distinguer un objet des autres et de l’identifier comme étant « ceci » et non pas « cela ». La discrimination associée aux esprits conceptuels a également la fonction d’imputer, d’étiqueter ou de nommer les objets. Il existe deux manières d’imputer : imputer par le son et imputer par la pensée. La première revient à nommer l’objet, la deuxième revient à le concevoir.

Les caractéristiques qui définissent un objet n’existent pas du côté de l’objet, mais sont simplement imputées par l’esprit qui les appréhende. Nous pouvons comprendre ceci en considérant comment différentes personnes voient le même objet. Par exemple, en observant un certain individu appelé Jean, une personne peut identifier un ennemi, alors qu’une autre identifie un ami. Si les caractéristiques d’ennemi et d’ami existaient du côté de la personne, il y aurait ici une contradiction, mais puisque ces caractéristiques sont simplement imputées sur cette personne par deux esprits différents, il n’y a pas de contradiction. De son côté Jean n’a pas une série fixée de caractéristiques qui le définissent et attendent d’être découvertes par différents esprits. Ce qu’il est dépend uniquement de la manière dont il est identifié par les esprits qui l’appréhendent. Nous pouvons choisir comment discriminer les objets. En tant que pratiquant du dharma, il nous faut choisir de discriminer uniquement d’une manière constructive, de sorte à favoriser la vertu.

DIVISION DE LA DISCRIMINATION

Il y a trois manières de diviser la discrimination. Premièrement, il y a six types de discrimination du point de vue de la condition dominante non commune :

1    Les discriminations associées à la conscience de l’oeil
2    Les discriminations associées à la conscience de l’oreille
3    Les discriminations associées à la  conscience du nez
4    Les discriminations associées à la conscience de la langue
5    Les discriminations associées à la conscience du corps
6    Les discriminations associées à la conscience mentale

Si l’une de ces six consciences était dépourvue du facteur mental discrimination, elle ne pourrait pas comprendre son objet. La discrimination associée à la conscience de l’oeil est une perception de l’oeil, mais pas une conscience de l’oeil, car conscience est synonyme d’esprit primaire.

Il y a aussi une division en deux parties de la discrimination :
1    La discrimination fallacieuse
2    La discrimination non fallacieuse

Toutes les perceptions erronées ont une discrimination fallacieuse, et toutes les actions malhabiles du corps, de la parole et de l’esprit sont le résultat d’une discrimination fallacieuse. Nous agissons d’une manière destructive parce que nous sommes sous l’influence des perturbations mentales, et toutes les perturbations mentales sont basées sur la discrimination fallacieuse. La colère, par exemple, a une discrimination de son objet qui l’établit comme étant désagréable de façon inhérente, alors que l’attachement a une discrimination de son objet qui l’établit comme étant attrayant de façon inhérente. Dans les deux cas, la discrimination est fallacieuse parce que l’attrait et la répulsion dépendent de l’esprit et n’existent pas du côté de l’objet.

Si le facteur mental discrimination est fallacieux, l’esprit primaire et tous les autres facteurs mentaux qu’il accompagne sont des perceptions erronées. C’est précisément parce que la saisie du soi et les vues erronées ont une discrimination fallacieuse qu’ils appréhendent des objets erronés. Les seize pensées erronées expliquées dans les enseignements du lamrim et énumérées pages 17 sont toutes basées sur des discriminations fallacieuses. Prenons l’exemple de la deuxième, ne pas souhaiter prendre l’essence de notre précieuse vie humaine, implique la discrimination fallacieuse qui dit que la seule signification de cette vie se trouve dans les plaisirs mondains. Il faut que les pratiquants du dharma fassent des prières afin d’être libres de toutes ces discriminations fallacieuses parce qu’elles gênent sérieusement l’accomplissement des réalisations des étapes de la voie. Nous atteignons les réalisations du lamrim en éliminant ces discriminations fallacieuses et en développant l’opposé, les discriminations non fallacieuses.

Il y a de nombreuses causes de discriminations fallacieuses, telles que les empreintes antérieures, la familiarité, l’écoute d’enseignements ou de conseils erronés et la contemplation de raisons erronées. Nous avons tous la graine de ces discriminations fallacieuses, mais qu’elles mûrissent et influencent notre vie ou non dépend dans une large mesure de notre style de vie. Si nous menons une vie négative, ou non vertueuse, nous aurons tendance à avoir des pensées erronées comme moyen pour justifier notre comportement, mais, si nous menons une vie positive, ou vertueuse, nous serons beaucoup plus facilement enclins à adopter des pensées correctes.

Les empreintes de l’ignorance sont la cause des discriminations fallacieuses qui appréhendent un soi existant de façon inhérente, bien qu’un tel soi n’existe pas. De plus, à cause de notre familiarité avec les perturbations mentales, nous faisons la discrimination de considérer certaines personnes comme nos amis, d’autres comme nos ennemis et d’autres comme des inconnus, mais toutes ces discriminations sont des discriminations fallacieuses, car en réalité tous les êtres sensibles sont nos mères.

Il y a une autre division en deux parties de la discrimination :

1    Les discriminations qui sont claires
2    Les discriminations qui ne sont pas claires

Si notre discrimination est claire, nous serons capables d’apprendre facilement et rapidement. Une discrimination claire et correcte sert de base pour améliorer notre compréhension et elle nous aide à éviter les actions malhabiles du corps, de la parole et de l’esprit.

Quand nous nous endormons, notre discrimination perd de sa clarté et ainsi nous sommes enclins à faire des erreurs. Au début, nos sens fonctionnent encore, de sorte que nous pouvons, par exemple, encore entendre des sons, tels que les paroles d’autres personnes, mais nous ne pouvons pas comprendre clairement le sens de ce qu’ils disent. Les personnes qui se trouvent sur leur lit de mort ont également une discrimination peu claire et ainsi, il leur est difficile de comprendre rapidement des instructions, c’est la raison pour laquelle elles font beaucoup d’erreurs. L’handicap mental est également souvent causé par une discrimination qui n’est pas claire.

Parfois, lorsque nous écoutons des enseignements ou lisons des livres du dharma, nous les trouvons confus et nous avons l’impression qu’ils ne sont pas présentés avec une grande clarté, mais en réalité, c’est notre discrimination qui n’est pas claire. Si notre discrimination était complètement claire, nous pourrions comprendre des enseignements donnés seulement à l’aide de gestes de la main !

En réalisant que nos sensations et nos discriminations stimulent les perturbations mentales, certains pratiquants essayent d’abandonner complètement les sensations et les discriminations en ramenant leur esprit vers l’intérieur par la force de la concentration et ainsi ils sont absorbés dans un état subtil ou l’activité mentale qui dérange n’est plus manifeste. Cet état est connu sous le nom d’« absorption sans discrimination ». C’est un état dans lequel l’esprit est absorbé en un seul point dans le néant, sans sensations ni discriminations grossières. Quand ces pratiquants meurent, ils peuvent renaître en tant que dieux de la non-discrimination du règne de la forme, connus habituellement sous le nom de « dieux de longue vie », où ils demeurent en absorption sans discrimination pour de très longues périodes.

En empêchant la discrimination des objets grossiers, ces méditants font qu’il est impossible aux perturbations mentales grossières de se manifester. Cependant, ils n’éradiquent pas réellement les perturbations de cette manière et ainsi n’atteignent pas la libération du samsara. Bien qu’il soit possible de supprimer les sensations et les discriminations grossières associées aux niveaux grossiers de la conscience et de cette façon d’éviter temporairement tous les problèmes qu’ils créent, il n’est pas possible d’abandonner les sensations et les discriminations subtiles associées à l’esprit subtil. Lorsque nous nous endormons profondément, toute l’activité mentale dont nous sommes normalement conscients cesse et il semble que nous sommes sans esprit, comme un objet inanimé, mais ce qui s’est réellement passé, c’est que notre esprit est devenu très subtil. Certains pratiquants atteignent un effet semblable par la force de la méditation et ils font l’erreur de croire que c’est la libération. En réalité cependant, ils sont simplement absorbés temporairement dans un état qui ressemble à un long sommeil profond. Et finalement, quand le karma qui leur permet de rester dans cet état prend fin, leur activité mentale grossière recommencera et ils se « réveilleront ».

À l’époque du troisième bouddha, Bouddha Kashyapa, deux méditants hinayanas entrèrent en absorption sans discrimination et par le pouvoir de leur concentration demeurèrent dans cet état pendant des millions d’années, sans mourir. Ce n’est que lorsque le quatrième bouddha, Bouddha Shakyamouni, était déjà passé dans le parinirvana qu’ils furent découverts sous terre près de Varanasi. Alors qu’ils sortaient de leur niveau subtil de conscience et qu’ils eurent à nouveau des sensations et des discriminations grossières, ils demandèrent où était Bouddha Kashyapa, les disciples de Bouddha Shakyamouni durent expliquer que Bouddha Kashyapa n’était plus dans ce monde et que même Bouddha Shakyamouni était apparu et s’était déjà en allé ! Après avoir entendu cela, les deux méditants moururent. Par la force de leur concentration, ils étaient parvenus à se retirer pour une longue période des problèmes du samsara, mais pendant qu’ils étaient absorbés, ils n’ont pas eu la possibilité de faire de progrès dans leurs réalisations du dharma. Aussi, quand ils sortirent finalement de la méditation, ils n’avaient reçu aucun bienfait de leur absorption prolongée.

Au lieu d’essayer de stopper toutes les discriminations, il est plus utile d’essayer de développer des discriminations correctes. Si nous souhaitons surmonter complètement les perturbations mentales, il nous faut identifier clairement l’objet de la saisie du soi, le réfuter avec un raisonnement logique, puis méditer sur la vacuité proprement dite, au lieu d’écarter seulement notre esprit des objets de nos perturbations mentales. Nous avons également besoin de cultiver de nombreuses discriminations correctes en ce qui concerne le côté méthode de notre pratique spirituelle.

En tant qu’adeptes du mahayana, il ne faut pas devenir trop intéressés par la méditation sur l’absorption des sensations et des discriminations parce qu’il n’y a pas de bienfait à long terme. Cela ne nous aide pas à développer le renoncement, la compassion, la bodhitchitta, la vue correcte de la vacuité ou les réalisations des deux étapes tantriques. Parfois, cela peut être utile de pratiquer cette absorption pendant un court moment, quand notre esprit est très troublé ou très anxieux, mais il ne faut pas la considérer comme notre méditation principale.