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Grand trésor de mérite

Comment s’en remettre à un guide spirituel

Format: Couverture souple
Détail: 214 pages - livre relié à spirales - format A4
Prix: 20.00 €  
 
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Couverture souple

Chapitre1 - Introduction

L’offrande au guide spirituel, ou Lama tchöpa en tibétain, est un gourou yoga spécial de Djé Tsongkhapa qui est associé au tantra yoga supérieur. Il a été compilé par le premier Pantchèn Lama, Losang Tchökyi Gyaltsän, en tant que pratique préliminaire du mahamoudra vajrayana. Bien que la pratique principale consiste à s’en remettre à son guide spirituel, elle comprend également toutes les pratiques essentielles des étapes de la voie (lamrim) et de l’entraînement de l’esprit (lodjong), ainsi que les étapes de génération et d’accomplissement du tantra yoga supérieur.

Le gourou yoga, ou lamai näldjor en tibétain, est une méthode spéciale pour recevoir les bénédictions de notre guide spirituel. Ici, le terme “ gourou ” n’implique pas que notre guide spirituel soit indien, et le terme “ lama ” n’implique pas que notre guide spirituel soit tibétain. Notre guide spirituel est tout enseignant du dharma qui nous conduit avec sincérité sur les voies spirituelles en nous donnant des instructions correctes. Notre guide spirituel peut donc être un oriental ou un occidental, un laïc ou une personne ordonnée, un homme ou une femme. De nos jours, par exemple, il est tout à fait possible de rencontrer un guide spirituel qui soit une femme laïque occidentale. Le terme “ yoga ” dans ce contexte indique une manière spéciale de voir notre guide spirituel.

Toutes les écoles du bouddhisme acceptent que la pratique du gourou yoga, c’est-à-dire s’en remettre à un guide spirituel, est la racine de la voie spirituelle et la fondation de tous les accomplissements. Nous pouvons comprendre cela à partir de nos expériences ordinaires. Par exemple, si nous voulons acquérir certains talents, être doués dans un sport particulier ou apprendre à bien jouer d’un instrument de musique, nous chercherons naturellement un enseignant qualifié pour qu’il nous l’enseigne. En suivant l’exemple de notre enseignant et en mettant ses instructions en pratique avec sincérité, nous accomplirons finalement notre objectif et deviendrons exactement comme notre enseignant. Si s’en remettre à un enseignant qualifié est nécessaire pour atteindre de tels buts mondains, est-il nécessaire de préciser jusqu’à quel point cela est encore plus important en matière d’accomplissements spirituels, tels que la libération ou l’illumination ?

Il y a deux courants principaux à l’intérieur du bouddhisme : le hinayana, ou petit véhicule, et le mahayana, ou grand véhicule. Dans les deux, la pratique qui consiste à s’en remettre à un guide spirituel est fondamentale. Selon le hinayana, il faut considérer notre guide spirituel comme étant semblable à un bouddha et, avec un esprit de foi et de dévotion, lui offrir des cadeaux, le servir et lui rendre sa bonté en suivant ses conseils et en mettant ses instructions en pratique. Selon le mahayana, cependant, il faut considérer notre guide spirituel comme étant un véritable bouddha et, avec un esprit de foi, s’en remettre à lui avec sincérité, en pensée et en action.

Le but ultime d’un pratiquant hinayana est l’accomplissement de la libération. Celle-ci dépend de la pratique des trois entraînements supérieurs, qui à leur tour dépendent d’avoir en premier fieu développé la motivation de renoncement. Ces accomplissements dépendent tous de la bonté d’un guide spirituel qualifié. Par exemple, la motivation de renoncement ne se produit pas automatiquement dans notre esprit, mais doit être cultivée en utilisant des méthodes spéciales. Nous devons d’abord comprendre la nature insatisfaisante du samsara et développer le désir de nous en échapper. Cela dépend d’une compréhension claire de l’impermanence, de la renaissance, du karma, du refuge et des quatre nobles vérités. Sans un guide spirituel qui nous instruit dans ces pratiques et nous encourage à nous y exercer, nous n’obtiendrons jamais ces expériences.

Une fois que nous avons développé le renoncement, nous nous engageons dans la pratique des trois entraînements supérieurs : l’entraînement à la discipline morale supérieure, l’entraînement à la concentration supérieure et l’entraînement à la sagesse supérieure. Pour pratiquer la discipline morale supérieure, nous avons d’abord besoin de recevoir des vœux d’un guide spirituel qualifié, qui nous aide ensuite à pratiquer une discipline morale pure en nous enseignant ce qui doit être pratiqué et ce qui doit être évité, tout en nous donnant un exemple immaculé à suivre.

Sur la base de notre entraînement à la discipline morale supérieure, nous pratiquons la concentration supérieure en nous entraînant au calme stable. Cela implique de surmonter les cinq obstacles en appliquant les huit opposants. Sans recevoir les instructions d’un guide spirituel qualifié, nous ne saurons même pas ce que sont ces obstacles et ces opposants, et encore moins ce que nous devrions en faire. Ainsi, ce n’est qu’en s’en remettant à un guide spirituel qui nous donne des instructions et nous guide grâce à sa propre expérience, que nous sommes capables de progresser à travers les neuf placements de l’esprit et d’atteindre finalement le calme stable.

Une fois que nous avons atteint le calme stable, si nous nous entraînons à la sagesse supérieure en plaçant notre esprit en une concentration en un seul point sur la vacuité, nous atteindrons bientôt la vue supérieure, et avec celle-ci, nous pourrons finalement éradiquer notre saisie du soi et atteindre la libération du samsara. Toutefois, la vacuité est un objet profond, et il est impossible d’en obtenir une réalisation sans être guidé et sans recevoir les instructions précises d’un guide spirituel qualifié. Par conséquent, toutes les étapes de la voie hinayana de la libération, depuis la génération initiale du renoncement jusqu’à l’abandon de la saisie du soi et l’accomplissement de la libération, ne s’accomplissent que grâce à la bonté d’un guide spirituel qualifié.

Tout comme s’en remettre à un guide spirituel qualifié est essentiel pour accomplir la voie hinayana, il en est de même pour s’entraîner à la voie mahayana. Toutes les étapes de la voie mahayana, depuis la génération de l’équanimité et de la grande compassion jusqu’à l’accomplissement final de la bouddhéité, ne s’accomplissent qu’en étant guidé par un guide spirituel mahayana et en recevant ses bénédictions. Pour entrer dans la voie mahayana, nous devons d’abord générer la motivation de bodhitchitta. Comme le renoncement, cette motivation ne se produit pas naturellement, mais doit être cultivée en utilisant des méthodes spéciales, telles que la cause septuple et son effet, et la mise à égalité et l’échange de soi avec les autres. Nous ne pourrons jamais obtenir ces précieuses réalisations sans être guidé par un guide spirituel mahayana et sans recevoir ses instructions. Une fois que nous avons généré la bodhitchitta, nous avons besoin de recevoir les vœux du bodhisattva d’un guide spirituel mahayana qui nous donne ensuite des instructions sur la pratique des six perfections, et nous guide sur les cinq voies mahayanas et les dix terres du bodhisattva jusqu’à ce que nous atteignions la voie mahayana au-delà de l’étude, ou bouddhéité. Sans être inspiré par la pureté de l’exemple de notre guide spirituel, par ses instructions non fallacieuses et par ses constantes bénédictions, nous ne pourrons jamais mener à terme cet entraînement.

Si l’entraînement aux étapes du soutra de la voie est impossible sans s’en remettre à un guide spirituel, il est totalement impensable d’aborder les pratiques tantriques sans s’en remettre à un maître tantrique. Les enseignements tantriques de Bouddha sont très difficiles à comprendre et sont disséminés à travers de nombreuses écritures, sans aucune indication claire sur l’ordre correct dans lequel ils sont à pratiquer. Si nous essayons de pratiquer le tantra sans nous en remettre à un maître tantrique qualifié, nous ne ferons qu’augmenter notre confusion. Il est dit dans les écritures que quelle que soit la durée du barattage de l’eau, cela ne produira jamais de beurre et, de la même manière, peu importe combien de temps nous essayons de pratiquer le tantra sans nous en remettre à un guide spirituel qualifié, les réalisations tantriques ne seront jamais atteintes. Par contre, si nous trouvons un guide spirituel tantrique pleinement qualifié qui nous donne des transmissions de pouvoir, que nous nous en remettons à lui avec une foi profonde, que nous observons nos vœux et nos engagements avec pureté, et que nous pratiquons avec sincérité les instructions sur l’étape de génération et sur l’étape d’accomplissement, nous pourrons alors facilement atteindre l’illumination en l’espace d’une courte vie humaine.

Nous pouvons donc voir que tout entraînement spirituel, qu’il soit hinayana ou mahayana, du soutra ou du tantra, dépend d’être guidé et de recevoir les bénédictions d’un guide spirituel qualifié. Dans L’écriture bleue, Guéshé Potawa dit :

La couronne de toutes les instructions rassemblées
Est de ne pas abandonner le saint guide spirituel.
C’est un trésor pour tous,
La source de toutes les qualités, telles que la foi et la bodhitchitta.
Djé Tsongkhapa dit également dans La signification condensée des étapes de la voie :
La racine de tout ce qui est bon et auspicieux,
Et de toute excellence, maintenant et à l’avenir,
C’est de s’efforcer de s’en remettre de la bonne manière, en pensée et en action,
Au saint guide spirituel qui révèle la voie.
En voyant cela, faites-lui plaisir en lui offrant une pratique respectueuse,
Ne l’abandonnez jamais même au prix de votre vie,
Moi, qui suis un yogi, j’ai pratiqué ainsi,
Vous qui cherchez la libération, s’il vous plaît, faites de même.
Il dit également :
L’enseignant bienveillant est la source de toutes les qualités
Que sont la vertu et l’excellence, mondaines et supramondaines.
Il est également dit dans Le soutra condensé de la perfection de la sagesse :
Les bons disciples qui respectent leurs guides spirituels
Devraient toujours s’en remettre à leurs sages guides spirituels.
Si vous vous demandez pourquoi, les qualités de la sagesse viennent d’eux,
Ils révèlent la perfection de la sagesse.
Le conquérant qui possède toutes les qualités suprêmes dit :
“ Les qualités d’un bouddha dépendent du guide spirituel. ”

Jamais il n’y a un moment où nous n’avons pas besoin de nous en remettre à un guide spirituel. Même après avoir atteint l’illumination, il est encore nécessaire de nous en remettre avec sincérité à notre guide spirituel afin de montrer un bon exemple aux autres. Par exemple, le sommet de la tête d’Avalokiteshvara est orné d’Amitabha afin de montrer comment il s’en remet à son guide spirituel. De même, le sommet de la tête de Maitreya est paré d’un stoupa qui symbolise le fait qu’il s’en remet à son guide spirituel, Bouddha Shakyamouni.

Un guide spirituel pur doit avoir d’authentiques accomplissements spirituels, maintenir une lignée pure, chérir le bouddhadharma et donner avec amour et compassion des enseignements sans erreur à ses disciples. Si nous rencontrons un tel guide, considérons-nous comme très fortunés. Il faut développer notre foi en lui et nous en remettre à lui avec sincérité en pratiquant avec pureté ce qu’il enseigne. Guéshé Potawa dit que si un disciple pur rencontre un guide spirituel pur, il ne lui sera pas difficile de parvenir à l’illumination.

Notre esprit est comme un champ, les instructions de notre guide spirituel sont comme des graines semées dans ce champ et notre foi en notre guide spirituel est comme l’eau qui fait germer ces graines. Si ces trois conditions sont réunies, nous allons rapidement et facilement récolter une riche moisson de réalisations du dharma. Si, pour le moment, nous n’avons pas encore réuni ces conditions, prions pour les trouver à l’avenir.

Une fois que nous avons rencontré un guide spirituel qualifié, la manière de s’en remettre à lui est fondamentalement très simple. Tout ce que nous avons à faire, c’est de développer notre foi en lui et de mettre ses instructions en pratique du mieux que nous le pouvons. Si nous agissons ainsi, nos réalisations du dharma vont naturellement grandir et nous atteindrons rapidement l’illumination. Nous développons notre foi en notre guide spirituel en le considérant comme un bouddha vivant, la synthèse de tous les objets de refuge. Bien que notre guide spirituel puisse nous paraître avoir un aspect ordinaire, évitons de voir qu’il a des défauts et au lieu de cela apprenons à le voir comme un bouddha. Nous avons besoin de développer une foi profonde en notre guide spirituel et de toujours maintenir une vue pure de lui. Essayons de nous sentir proche de lui, en maintenant tout le temps un esprit heureux et affectueux envers lui. Considérons notre guide spirituel comme une mère qui prend soin de nous et nous chérit, comme un père qui nous procure tout ce dont nous avons besoin et nous protège des dangers, comme la lune qui apaise la brûlure des perturbations mentales dans notre continuum mental, comme le soleil qui dissipe l’obscurité de l’ignorance dans notre esprit, et comme un bienfaiteur qui nous donne le cadeau inestimable du dharma avec bienveillance.

Rencontrer un guide spirituel pleinement qualifié a infiniment plus de sens que de posséder des richesses externes. Notre guide spirituel est notre véritable bienfaiteur. Il nous donne la richesse intérieure de la discipline morale, de la concentration et de la sagesse, et nous conduit finalement à la félicité suprême de la pleine illumination. Si nous sommes dépourvus de ces réalisations intérieures, même si nous avons d’immenses richesses matérielles, nous sommes en réalité démunis. Par contre, si en nous en remettant à un guide spirituel, nous développons les réalisations des étapes de la voie de l’illumination à l’intérieur de notre continuum mental, nous allons être vraiment riches, même si nous n’avons aucun bien matériel. Par conséquent, ne soyons pas préoccupés par la richesse et le développement extérieurs, mais consacrons toute notre énergie à nous en remettre avec sincérité à un guide spirituel pleinement qualifié.

Mettre les instructions de notre guide spirituel en pratique est l’offrande suprême. Selon la tradition de Djé Tsongkhapa, un guide spirituel qualifié se réjouira plus de la pratique du dharma de ses disciples que des offrandes matérielles qu’il reçoit. Même si nous faisons des prosternations toute la journée ou que nous offrons régulièrement des cadeaux à notre guide spirituel, ces pratiques auront peu de pouvoir si nous ne suivons pas la voie spirituelle qu’il nous a enseignée. Par contre, si nous mettons les instructions de notre guide spirituel en pratique avec pureté et une foi profonde, même si nous sommes incapables de faire des prosternations physiques ou des offrandes matérielles, nous ferons continuellement des offrandes qui font plaisir à notre guide spirituel.

En pratiquant le gourou yoga avec sincérité, même quelqu’un qui a été auparavant très mauvais peut atteindre l’illumination. Mais, sans s’en remettre avec sincérité à un guide spirituel, même la personne la plus intelligente ne deviendra jamais un bouddha. Pour commencer, Milarépa était très mauvais. En faisant usage de magie noire, il avait tué trente-six personnes avant de rencontrer son gourou, Marpa. Plus tard, en s’en remettant avec sincérité à Marpa, il a pu purifier complètement son esprit, accumuler mérite et sagesse, et finalement atteindre l’illumination au cours de cette même vie.

Notre guide spirituel est un champ puissant pour accumuler du mérite, purifier notre karma négatif et recevoir des bénédictions. Il est nécessaire d’accumuler du mérite pour réussir notre entraînement spirituel. Bouddha dit dans les soutras que ceux qui ont du mérite ne rencontrent aucune difficulté pour accomplir leurs désirs, alors que ceux qui manquent de mérite trouvent cela très difficile, même s’ils ont les désirs les plus vertueux. De même, si nous ne purifions pas notre karma négatif accumulé précédemment, celui-ci fera obstacle aux réalisations pures du dharma. Tout comme les plantes ne peuvent pas pousser sur un terrain pollué, ainsi les réalisations du dharma ne peuvent pas grandir dans un esprit impur. Les pratiques de l’accumulation du mérite et de la purification de la négativité sont par conséquent les préliminaires essentiels à une pratique du dharma réussie. En général, tous les bouddhas et tous les êtres saints sont de puissants objets devant lesquels nous pouvons accumuler du mérite et purifier notre esprit, mais l’objet suprême, c’est notre propre guide spirituel.

De même, tous les bouddhas sont très bienveillants parce qu’ils bénissent l’esprit des êtres sensibles et révèlent le dharma, mais notre guide spirituel est encore plus bienveillant que tous les bouddhas parce qu’il, ou elle, nous donne directement des bénédictions et des instructions du dharma. Ainsi, il est dit dans le Tantra de Hérouka :

Il est l’être béni issu de lui-même,
Le premier parmi les déités du tantra yoga supérieur,
Mais le maître-vajra lui est supérieur
Parce qu’il donne des instructions.

Ayant réalisé cela, cherchons un guide spirituel pleinement qualifié et remettons-nous en à lui avec sincérité en pensée et en action.

Dans le Soutra de la perfection de la sagesse en huit mille lignes, il y a l’histoire d’un grand bodhisattva appelé Sadapraroudita qui s’en était remis avec sincérité à son guide spirituel, Dharmodgata, le considérant comme étant plus précieux que sa propre vie et plus important que tous les bouddhas.

Bien qu’il fut un méditant très accompli, Sadapraroudita désirait ardemment rencontrer un enseignant qui lui expliquerait le Soutra de la perfection de la sagesse, car il avait compris qu’il était impossible d’atteindre la libération ou l’illumination sans réaliser la signification de ce soutra. Bien qu’il eut un grand désir de rencontrer un guide spirituel qualifié et qu’il ait parcouru le pays de long en large à la recherche d’un guide spirituel, il lui fut impossible de trouver un enseignant capable de lui donner les instructions qu’il désirait. Il était tellement attristé par son échec qu’il pleurait continuellement. Ceux qui le connaissaient l’appelèrent “ Sadapraroudita ”, ce qui veut dire “ Celui qui pleure constamment ”.

Un jour, alors qu’il méditait profondément, Sadapraroudita reçut une vision extraordinaire dans laquelle de nombreux bouddhas apparurent directement devant lui. Ils lui dirent qu’il avait une connexion très étroite avec un bodhisattva appelé Dharmodgata et qu’il devait le chercher et suivre ses instructions. Se levant de sa méditation, Sadapraroudita partit à la recherche de Dharmodgata. Il parcourut un très long chemin et éprouva de nombreuses difficultés, mais son esprit restait heureux parce qu’il savait maintenant qu’il y avait un guide spirituel qui pouvait lui donner l’aide dont il avait besoin. Finalement, il découvrit l’endroit où se trouvait Dharmodgata.

Sadapraroudita voulait apporter quelques offrandes à Dharmodgata, mais il était dépourvu de tout. Afin de se procurer l’argent nécessaire pour faire des offrandes, il alla dans une ville voisine et annonça qu’il vendrait sa chair à toute personne qui en voudrait. Les habitants de la ville le prirent pour un fou et l’ignorèrent, mais le dieu Indra, voyant Sadapraroudita depuis les cieux, décida de mettre la sincérité de son intention à l’épreuve. Se manifestant sous la forme d’un vieil homme, il s’approcha de Sadapraroudita en lui disant qu’il voulait acheter un peu de sa chair. Sadapraroudita était ravi et coupa immédiatement un morceau de la chair de sa cuisse et le lui donna. Le vieil homme lui dit ensuite qu’il aurait aimé également avoir un peu de moelle. Sadapraroudita était encore plus ravi. Au moment même où il allait casser l’os de son tibia pour en extraire un peu de moelle, une jeune femme, la fille d’un marchand local, apparut sur les lieux et demanda à Sadapraroudita ce qu’il était en train de faire. Sadapraroudita lui répondit qu’il vendait sa chair et sa moelle afin de pouvoir faire des offrandes à son guide spirituel. La femme lui demanda comment cela fut possible qu’il existât une personne si importante qu’il en soit prêt à de telles extrémités pour lui faire des offrandes. Sadapraroudita lui expliqua que Dharmodgata lui donnerait de précieux enseignements sur la perfection de la sagesse et qu’en pratiquant ces instructions, il pourrait atteindre l’illumination pour venir en aide à tous les êtres vivants. En entendant cela, la jeune femme développa une grande foi en Bouddha et en ses enseignements. Elle persuada Sadapraroudita de ne pas se mutiler davantage, disant qu’elle demanderait à ses parents de donner l’argent dont il avait besoin pour faire les offrandes.

À ce moment-là, Indra jeta son déguisement et demanda à Sadapraroudita pourquoi l’argent était si important. Sadapraroudita répondit que ce n’était pas tant d’argent dont il avait besoin que des instructions sur la voie de l’illumination. Indra, voyant que l’intention de Sadapraroudita était authentique, lui proposa de lui fournir toutes les richesses qu’il voudrait, mais Sadapraroudita déclina son offre, disant qu’il recevrait maintenant assez d’argent des parents de la jeune femme pour faire des offrandes à Dharmodgata. Il se mit alors en route avec la jeune femme et bon nombre de ses serviteurs pour rencontrer Dharmodgata. Ils lui firent des offrandes et reçurent de précieux enseignements sur la perfection de la sagesse et, en mettant les instructions de Dharmodgata en pratique, ils atteignirent par la suite la pleine illumination.

Si nous réfléchissons profondément à cette histoire, nous verrons qu’il n’y a rien de plus précieux qu’un guide spirituel qualifié qui peut nous donner des instructions correctes sur la voie de l’illumination. Si un grand méditant tel que Sadapraroudita, qui pouvait recevoir des instructions directement des bouddhas, avait encore besoin de s’en remettre à un guide spirituel, il va sans dire que nous devons trouver un guide spirituel qualifié et nous en remettre à lui, ou à elle, avec sincérité.