Chapitre1 - Introduction
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L’étape de génération : Explication préliminaire
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Le commentaire de la pratique du tantra yoga supérieur du mandala du corps de Hérouka est présenté en trois parties principales :
1 L’explication préliminaire
2 L’explication de la pratique
3 La dédicace
En cinq parties :
1 Les qualités prééminentes de Hérouka
2 L’origine de ces instructions
3 Les bienfaits de la pratique de ces instructions
4 Exemples de pratiquants précédents qui ont atteint des réalisations grâce à ces instructions
5 Les qualités d’un pratiquant sincère de Hérouka
Le terme sanscrit « Hérouka » est composé de trois syllabes, « hé », « rou », et « ka ». « Hé » enseigne la vacuité des phénomènes en général, et « rou » celle des personnes en particulier ; ensemble ils révèlent la vacuité de tous les phénomènes. « Ka » se rapporte à l’union de l’esprit de grande félicité de Hérouka et de la vacuité de tous les phénomènes. Cette union est le corps de vérité de Hérouka. Un je, ou soi, imputé sur ce corps de vérité est le Hérouka définitif, la nature réelle de Bouddha Hérouka. Cela ne peut être vu que par les bouddhas.
Un autre terme pour Hérouka est « Tchakrasambara ». « Tchakra » signifie « roue », et dans ce contexte se rapporte à la « roue » de tous les phénomènes. « Sambara » veut dire félicité suprême, qui est appelée la « grande félicité spontanée ». Ensemble, « Tchakra » et « sambara » révèlent qu’en pratiquant le tantra de Hérouka, nous obtenons une profonde réalisation qui fait l’expérience de tous les phénomènes comme étant dans une seule nature avec notre esprit de grande félicité. Cette réalisation élimine directement les apparences dualistes subtiles de notre esprit, et grâce à cela, nous devenons rapidement le Hérouka définitif.
Pour conduire les disciples fortunés à l’état de Bouddha Hérouka en l’espace d’une vie, Bouddha Vajradhara a manifesté sa compassion sous la forme du Hérouka interprétatif. Il a un corps de couleur bleue, quatre visages, douze bras et il étreint sa parèdre, Vajravarahi. L’accomplissement de l’état de Bouddha Hérouka dépend de l’abandon des douze maillons en relation dépendante du samsara, en obtenant les réalisations des quatre portes de la libération ; cela dépend tout particulièrement de la réalisation de l’union de la grande félicité et de la vacuité. Celles-ci sont respectivement symbolisées par les douze bras de Hérouka, ses quatre visages et son étreinte avec Vajravarahi.
Il est possible que ceux qui ne comprennent pas la signification profonde des enseignements vajrayanas de Bouddha se sentent mal à l’aise en voyant l’aspect courroucé de Hérouka. Ces pratiquants ont besoin de comprendre que tous les phénomènes sont égaux dans leur manque d’existence inhérente. Dans la vérité ultime, la vacuité, il n’y a pas d’aspects courroucés ou paisibles, parce que tous les phénomènes sont d’une seule nature. Par conséquent, ceux qui possèdent une connaissance profonde de la vérité ultime n’ont pas de base pour développer des sensations désagréables en percevant des objets peu attrayants parce qu’ils réalisent que de façon ultime, il n’y a aucun objet agréable ou désagréable qui existe vraiment.
Par exemple, bien que le long collier de têtes humaines de Hérouka puisse sembler être réel, il est en fait une manifestation de la sagesse omnisciente de Hérouka. Toutes les différentes caractéristiques du corps de Hérouka sont simplement des manifestations de sa sagesse omnisciente et n’existent pas en dehors de son esprit. Pour les fidèles pratiquants, visualiser l’aspect courroucé de Hérouka est néanmoins une puissante méthode pour recevoir rapidement ses bénédictions et sa protection. C’est pour cette raison, ainsi que pour montrer d’une manière visible la manière de progresser le long de la totalité de la voie du soutra et du tantra que Bouddha Vajradhara a émané la déité courroucée Hérouka.
Bouddha Vajradhara, Bouddha Shakyamouni et Bouddha Hérouka sont la même personne. Ils ne diffèrent que par leur aspect. Lorsque Bouddha a tourné la roue du dharma du soutra, il est apparu sous la forme d’une personne ordonnée, lorsqu’il a tourné la roue du dharma du tantra en général, il est apparu sous la forme de Vajradhara, et lorsqu’il a tourné en particulier la roue du dharma du tantra de Hérouka, il est apparu sous la forme de Hérouka.
Hérouka est l’esprit de compassion de Bouddha manifesté en tant que forme. Il n’y a que les bouddhas qui ont la capacité de montrer leur esprit en tant que forme. Nous, les êtres sensibles, sommes incapables de le faire, parce que notre esprit et notre corps ont une nature différente, mais l’esprit et le corps d’un bouddha ont la même nature, et ainsi leur corps va partout où se rend leur esprit. Nous percevons toujours qu’il y a un fossé entre notre esprit et son objet. C’est une perception fallacieuse, ou apparence fallacieuse. Puisqu’ils ont complètement abandonné cette perception fallacieuse, les bouddhas ont la capacité de montrer leur esprit en tant que forme, telle que celle des êtres vivants ou des objets inanimés. C’est la raison pour laquelle il est dit que les émanations des bouddhas remplissent tout l’univers.
L’esprit de sagesse omnisciente de Bouddha a trente-sept parties, appelées ses « trente-sept réalisations favorables à l’illumination ». Ces trente-sept réalisations apparaissent sous la forme des trente-sept déités du mandala de Hérouka. Normalement, nous disons qu’il y a soixante-deux déités dans le mandala de Hérouka, mais si nous considérons que chaque union du Père et de la Mère comme une seule déité, alors il y en a trente-sept. Les trente-sept réalisations favorables à l’illumination des bodhisattvas sont des voies causales, et les trente-sept réalisations des bouddhas sont des voies résultantes. Vous pouvez trouver une explication générale de ces trente-sept réalisations dans Océan de nectar.
Ces instructions ont été enseignées à l’origine par Bouddha à la requête de Vajrapani et de Vajravarahi. Bouddha a enseigné trois tantras racines et cinq tantras explicatifs de Hérouka. Les trois tantras racines sont : le Tantra racine long qui a trois cents mille stances, le Tantra racine intermédiaire qui a cent mille stances, et le Tantra racine condensé qui a cinquante et un chapitres. De ces tantras, seul le dernier fut traduit du sanscrit en tibétain. Les cinq tantras explicatifs qui sont des commentaires du Tantra racine court, sont : le Tantra de Vajradaka, le Tantra d’Abhitcharya, le Tantra de Moukha, le Tantra de Sarwatcharya et le Tantra du Petit Sambara.
Par la suite, de grands maîtres bouddhistes indiens tels que Louyipa, Krishnapada et Ghantapa ont écrit des commentaires à ces tantras racines et explicatifs, ainsi que le firent, plus tard, des maîtres tibétains. En particulier Djé Tsongkhapa a écrit un commentaire très béni et très célèbre du tantra racine de Hérouka, intitulé Illumination claire de toutes les significations cachées, et un commentaire de la sadhana de Hérouka, intitulé Dö djo, qui signifie « qui exauce tous les souhaits ». Plus tard, d’autres lamas, y compris Djé Phabongkhapa ont également écrit des commentaires spéciaux basés sur les commentaires indiens ou tibétains antérieurs. Ce commentaire-ci, L’essence du vajrayana, qui est écrit tout particulièrement pour les pratiquants occidentaux, est basé sur les instructions de Djé Tsongkhapa et celles de mon bienveillant gourou racine, Tridjang Dordjétchang.
Il existe traditionnellement trois systèmes pour pratiquer les instructions du tantra de Hérouka : le système selon Louyipa, le système selon Krishnapada et le système selon Ghantapa. Le système de Ghantapa a deux instructions : l’instruction sur le mandala extérieur des cinq déités de Hérouka, et l’instruction sur le mandala intérieur des soixante-deux déités du mandala du corps de Hérouka. Ce commentaire, L’essence du vajrayana, est basé sur cette deuxième. La lignée de ces instructions est complètement ininterrompue.
Le Tantra racine condensé fait l’éloge des qualités remarquables des pratiquants de Hérouka. Il dit que tous les héros et les héroïnes qui résident dans les vingt-quatre places, telles que Pouliramalaya et Dzalandhara, entrent dans le corps des pratiquants sincères, bénissent leurs canaux, leurs gouttes et leurs vents, et leur permettent d’obtenir les réalisations de la grande félicité spontanée, la voie rapide même de l’illumination. Puisque ces héros et ces héroïnes sont des émanations de Hérouka et de Vajravarahi, leur corps a la même nature que leur esprit et peut aller partout où va leur esprit, sans être entravé par les objets matériels. Ainsi, d’innombrables héros et héroïnes peuvent véritablement entrer dans le corps des pratiquants sincères et bénir leurs canaux, leurs gouttes et leurs vents. A vrai dire, Hérouka lui-même demeure toujours au cœur des pratiquants sincères, leur accordant des grands pouvoirs du corps, de la parole et de l’esprit.
Dans le Tantra racine condensé, il est dit que juste en voyant un pratiquant sincère de Hérouka, nous purifions nos négativités et atteignons la libération ; juste en écoutant ou en étant touché par un tel pratiquant, nous recevons des bénédictions et nous ne sommes plus malades ; et juste en étant en présence d’un tel pratiquant, notre tristesse, nos troubles mentaux, nos perturbations mentales et les autres obstacles sont dissipés. Pourquoi en est-il ainsi ? C’est parce que les déités de Hérouka demeurent dans le corps du pratiquant, que, par conséquent, voir le pratiquant n’est pas tellement différent de voir Hérouka lui-même. Au Tibet, il existe beaucoup de dictons qui montrent que l’effet de la simple vue d’un lama spécial ou le fait de porter une ficelle de bénédictions reçue de ce lama provoque la libération. Djé Phabongkhapa a dit : « Je ne sais pas si ces dictons sont vrais ou non, mais voir ou toucher un pratiquant de Hérouka est une cause réelle de libération. »
Plus les temps sont dégénérés spirituellement, plus il est difficile de recevoir les bénédictions des autres déités tantriques, telles que Yamantaka ou Gouhyasamadja, et au fur et à mesure que le nombre des gourous de la lignée augmente, les accomplissements sont plus longs à recevoir. C’est cependant le contraire avec Hérouka. Kyabdjé Tridjang Rimpotché dit dans sa prière rituelle de Hérouka :
Plus les temps deviennent impurs,
Plus ton pouvoir et tes bénédictions augmentent,
Et tu prends soin de nous rapidement, aussi vite que la pensée ;
Ô Tchakrasambara Père et Mère, devant toi je me prosterne.
Plus les temps deviennent impurs, plus les bénédictions de Hérouka deviennent puissantes et plus nous les recevons facilement ; et plus le nombre des gourous de la lignée sera grand, plus vite nous recevons des accomplissements. Pourquoi en est-il ainsi ? Lorsque Bouddha a révélé d’autres tantras, tels que les tantras de Yamantaka et de Gouhyasamadja, il a émané les déités et leur mandala, puis il les a réabsorbé après le discours ; mais lorsqu’il a enseigné le tantra de Hérouka, il n’a pas réabsorbé les mandalas. Il existe, en particulier, vingt-quatre places, telles que Pouliramalaya et Dzalandhara, où les mandalas de Hérouka restent encore. Les pratiquants qui ont un karma pur peuvent voir ces mandalas et ces déités. Les gens de ce monde ont par conséquent un lien très proche avec Hérouka, et si nous pratiquons les instructions avec pureté, nous pouvons facilement et rapidement recevoir de grands résultats.
Les pratiquants de Hérouka peuvent atteindre le Pays Pur de Kéadjra, le Pays Pur des Dakinis, sans abandonner leur corps actuel. Même s’ils sont très vieux, au moment où ils parviennent à ce pays pur, leur corps se transforme en celui d’une jeune personne de seize ans. A Kéadjra, ils peuvent recevoir des transmissions de pouvoir et des enseignements directement de Hérouka et de Vajrayogini, et, tout en vivant avec des héros et des héroïnes et en jouissant des cinq objets de désir, ils peuvent facilement atteindre la bouddhéité. S’ils souhaitent par compassion rendre visite aux mondes ordinaires, ils peuvent le faire à tout moment grâce au pouvoir d’émanation.
Dans d’autres pays purs, il n’est pas possible de pratiquer le tantra yoga supérieur et ainsi, il n’est pas possible d’atteindre rapidement la bouddhéité. En général, pour pratiquer le tantra yoga supérieur, nous avons besoin de six éléments : la chair, la peau et le sang de la mère, et les os, la moelle et le sperme du père. Les bodhisattvas qui se trouvent dans d’autres pays purs, tels que Soukhavati, ne possèdent pas ces éléments, et de ce fait prient pour renaître en tant qu’humain afin de pouvoir pratiquer le tantra yoga supérieur. Dans le pays pur de Hérouka, toutefois, les pratiquants peuvent avoir ces six éléments. De nombreux pratiquants ont atteint le pays pur de Hérouka, Kéadjra, sans abandonner leur corps humain, et ainsi ils ont une grande possibilité de continuer leur pratique du tantra yoga supérieur.
D’un point de vue pratique, toutes les pratiques essentielles de Gouhyasamadja et de Yamantaka sont comprises dans les instructions du mandala du corps de Hérouka, et de ce fait, nous n’avons pas besoin de pratiquer Gouhyasamadja et Yamantaka séparément de la pratique de Hérouka. Il faut intégrer toutes les pratiques des autres déités dans la pratique de Hérouka Père et Mère, de cette manière, nous progresserons dans notre pratique du tantra yoga supérieur. Il faut se souvenir du conseil d’Atisha au traducteur tibétain, Rintchèn Sangpo, qui est expliqué dans Le guide du Pays des Dakinis.
Si nous contemplons ces bienfaits, nous nous sentirons extrêmement fortunés d’avoir rencontré ces précieuses instructions de Hérouka, et nous aurons un désir sincère de les mettre en pratique avec pureté.
En contemplant ces exemples de pratiquants précédents, notre foi en les instructions de Hérouka grandira beaucoup. Si nous étudions les biographies des quatre-vingt quatre mahasiddhas de l’ancienne Inde, nous constaterons que la plupart d’entre eux ont atteint l’illumination en s’en remettant à Hérouka en tant que déité personnelle. Ce qui suit, sont de brèves histoires de certains pratiquants de Hérouka qui ont atteint les accomplissements en s’en remettant à ces instructions.
SARAHASaraha a été l’un des premiers mahasiddhas, il a été beaucoup admiré par les mahasiddhas ultérieurs. En s’en remettant à Hérouka et en pratiquant les étapes de la voie de Hérouka il a atteint le Pays Pur de Kéadjra sans abandonner son corps humain.
NAGARDJOUNANagardjouna fut l’un des disciples de Saraha et atteignit l’illumination en l’espace d’une vie en s’en remettant à Hérouka. Quatre cents ans après la mort de Bouddha, une famille de brahmanes prospère de la région du sud de l’Inde appelée Bédarwa, ou le « Pays des Palmiers », eut un fils. Un voyant brahmane prédit que l’enfant ne vivrait que sept jours, mais que sa durée de vie pouvait être prolongée de sept autres jours si des cadeaux étaient faits à une centaine de personnes ordinaires, de sept mois, si des offrandes étaient faites à une centaine de brahmanes, ou de sept ans, si des offrandes étaient faites à une centaine de sanghas ordonnés. Toutefois, le voyant ne connaissait aucune méthode qui permette de prolonger sa vie au-delà de ce terme. Ses parents firent, donc, des offrandes à une centaine de sanghas ordonnés et purent, par conséquent, vivre heureux avec leur fils pendant sept ans.
Alors que le jour du huitième anniversaire approchait, ils l’envoyèrent en pèlerinage avec plusieurs de leurs serviteurs, car ils ne pouvaient supporter d’être témoins de sa mort. Guidés par une manifestation d’Avalokiteshvara, les pèlerins firent leur chemin jusqu’au monastère de Nalanda où ils rencontrèrent le grand enseignant Saraha. Ils lui expliquèrent la situation du garçon et Saraha leur dit que l’enfant pouvait empêcher une mort prématurée en restant à Nalanda et en se faisant moine. Il donna une transmission de pouvoir de la pratique de longue vie de Bouddha Amitayous à l’enfant, et il l’encouragea à pratiquer ce yoga de façon intensive. Le soir de son huitième anniversaire, l’enfant récita sans interruption le mantra d’Amitayous et cela eut pour résultat d’empêcher une mort prématurée. Le jour suivant, il fut ordonné moine et reçut le nom de « Shrimanta ». Il resta à Nalanda, où sous la protection de Mandjoushri, il put étudier tous les soutras et tous les tantras. Rapidement, il devint un érudit et un enseignant très accompli et sa réputation se répandit partout. Finalement, il fut nommé abbé de Nalanda.
La vie de Nagardjouna est divisée en trois grandes périodes d’actions auspicieuses qui correspondent aux trois rotations de la roue du dharma de Bouddha, c’est la raison pour laquelle on se réfère à lui comme étant le « Deuxième bouddha ». La première période fut celle où il a été abbé de Nalanda. La discipline morale des moines avait malheureusement dégénéré depuis l’époque où Bouddha donnait les voeux, et Nagardjouna a été très actif dans la restauration de la pureté de la discipline. Il a clarifié de nombreux points de discipline morale et a composé un certain nombre d’ouvrages sur la conduite pure. Ces écrits, connus sous le nom de Collection de conseils, comprennent des oeuvres telles que Précieuse guirlande, La lettre amicale, L’arbre de la sagesse, Une centaine de sagesses, et Les gouttes pour guérir les êtres. Ces activités ont été comparées à la première rotation de la roue du dharma de Bouddha.
On se souvient cependant mieux de Nagardjouna pour son travail dans une seconde période. Peu de temps après la mort du Bouddha, les Soutras de la perfection de la sagesse, les principaux enseignements mahayanas, ont disparu de ce monde. Il est dit que cela est dû à certains nagas qui ont reçu ces enseignements de Bouddha et qui ont emporté la Perfection de la sagesse sous forme écrite dans leur monde pour les sauvegarder. Il ne restait que très peu de pratiquants qui pouvaient comprendre ces enseignements et la plupart d’entre eux gardaient leur pratique secrète. Les seuls enseignements de Bouddha qui étaient encore répandus partout étaient les enseignements hinayanas, et en résultat de nombreuses personnes ont affirmé que ces enseignements étaient les seuls que Bouddha avait donnés. Quelques temps plus tard les nagas invitèrent Nagardjouna à leur rendre visite et lui rendirent les écritures de la Perfection de la sagesse. Nagardjouna emporta les écritures dans le monde humain et les répandit largement. A cause de sa relation particulière avec les nagas et parce qu’il avait guéri de nombreux nagas de la maladie au moyen de prières rituelles spéciales, on a donné à Nagardjouna le nom de « Protecteur des nagas ». « Ardjouna » a été ajouté à son nom parce qu’il a répandu les enseignements mahayana à une grande vitesse et avec exactitude tout comme l’archer légendaire Ardjouna décochait les flèches de son arc. C’est de là qu’il a finalement été connu sous le nom de « Protecteur Nagardjouna ».
Comme il avait un esprit très lucide et une grande sagesse, Nagardjouna a pu comprendre parfaitement les Soutras de la perfection de la sagesse et les expliquer aux autres. Grâce à ces enseignements détaillés il a été à l’origine d’un grand renouveau de la doctrine mahayana dans ce monde. Il a présenté un système de raisonnement qui, parce qu’il nous offre une direction sans défaut entre les deux extrêmes de l’existence et de la non-existence, a été appelé la « philosophie du chemin du milieu », ou « madhyamaka ». Nagardjouna a composé de nombreux commentaires aux Soutras de la perfection de la sagesse qui expliquent la vue madhyamaka. Ces traités connus sous le nom de la Collection des raisonnements, comprennent la célèbre Sagesse fondamentale du chemin du milieu, et ses quatre membres - Les soixante raisonnements, Les soixante-dix vacuités, Tissés avec finesse et Réfutation des objections. Il a également écrit le Compendium des soutras, Les cinq étapes de l’étape d’accomplissement de Gouhyasamadja, et de nombreux autres commentaires aux soutras et aux tantras. Ces activités ont été comparées à la deuxième rotation de la roue du dharma de Bouddha.
La troisième période des actions auspicieuses de Nagardjouna a eu lieu vers la fin de sa vie. Sur les conseils de Tara, il est retourné dans le sud de l’Inde et est resté dans un endroit appelé Mont Splendeur où il a donné d’autres enseignements détaillés sur les soutras et les tantras, et composé beaucoup plus de textes. Ces écrits connus sous le nom de la Collection de louanges comprennent des oeuvres telles que La louange du dharmadhatou, La louange du supramondain, La louange de l’inconcevable et La louange de l’ultime. Ces activités ont été comparées à la troisième rotation de la roue du dharma de Bouddha.
Il est impossible, dans un si bref récit, de commencer à rendre un tant soit peu justice à la vie et à l’œuvre de Nagardjouna. Tout au long de sa vie il s’est entièrement consacré à faire renaître le dharma mahayana et à soutenir la sangha mahayana. Afin d’y parvenir il a donné des enseignements féconds, composé de nombreux livres et accompli d’innombrables autres actions vertueuses. En tout, Nagardjouna a vécu plus de six cents ans.
SHAWARIShawari était un disciple de Nagardjouna. Du point de vue de l’apparence commune, il a été un chasseur, mais il a reçu la transmission de pouvoir et les enseignements sur Hérouka de Nagardjouna, et il les a pratiqués avec sincérité au Mont Splendeur, où il atteignit l’illumination. Il est dit que, même aujourd’hui, ceux qui ont un karma pur peuvent y voir Shawari.
LOUYIPAPrince Louyipa a été le principal disciple de Shawari. Le dixième jour de chaque mois, il avait l’habitude d’aller dans un charnier pour méditer. Un jour, quand il y arriva, il vit un groupe d’hommes et de femmes qui pique-niquaient. Une des femmes lui donna un morceau de viande et lorsqu’il le mangea son esprit fut béni et purifié instantanément de l’apparence ordinaire. Il reçut une vision de Hérouka et de Vajrayogini et il réalisa que les hommes et les femmes étaient en réalité des héros et des héroïnes. Pendant qu’il se trouvait dans le charnier, il reçut directement des enseignements de Hérouka. Comme Louyipa était un pratiquant de Hérouka, il a été sous la protection des héros et des héroïnes, et a accompli de grands résultats en goûtant simplement le morceau de viande que lui avait donné une émanation de Vajrayogini.
DARIKAPALe roi Darikapa a reçu la transmission de pouvoir et les enseignements sur Hérouka de Louyipa. Celui-ci prédit que si Darikapa abandonnait son royaume et faisait de grands efforts dans la pratique de Hérouka et de Vajrayogini, il atteindrait rapidement l’illumination. Darikapa quitta immédiatement son palais et erra de lieu en lieu comme mendiant, pratiquant la méditation dès qu’il en avait l’occasion. Dans une ville du sud de l’Inde, il rencontra une riche courtisane qui était une émanation de Vajrayogini. Cette femme était propriétaire d’une grande villa dans laquelle il travailla en tant que serviteur pendant douze ans. Durant la journée il effectuait des tâches domestiques autour et dans la maison, et la nuit venue, il pratiquait les instructions de Louyipa. Au bout de douze ans, il atteignit la cinquième étape de l’étape d’accomplissement, l’union nécessitant l’étude. Il est dit que Darikapa et l’ensemble de l’entourage de la courtisane, qui était composé de quatorze mille personnes, atteignirent tous le Pays Pur de Kéadjra. Cela vient du fait que Darikapa était un pratiquant pur de Hérouka et que tous ceux qui le voyaient ou qui le touchaient créaient la cause de renaître dans le pays pur de Hérouka.
DINGKIWAL’un des ministres du roi Darikapa, Dingkiwa, a également reçu la transmission de pouvoir et les enseignements sur Hérouka de Louyipa qui prédit qu’il rencontrerait une femme vendeuse de vin qui était une émanation de Vajrayogini. Lorsqu’il la rencontra, Dingkiwa vécut avec elle et la servit pendant dix ans, et, en conséquence de ses bénédictions, atteignit l’illumination au cours de cette même vie. Il est dit que même les insectes qui vivaient dans l’endroit où il a atteint l’illumination ont repris naissance dans le pays pur de Hérouka.
GHANTAPAGhantapa était un autre grand mahasiddha. Né en tant que prince, le fils du roi de Nalanda, il fut, ensuite, ordonné moine. Il devint extrêmement habile dans la pratique des étapes du soutra et du tantra, et gagna fréquemment les débats avec les non-bouddhistes. Vers la fin de sa vie, il rencontra le roi Darikapa, de qui il reçut la transmission de pouvoir et les enseignements sur Hérouka, et qui lui conseilla d’aller sur une montagne du Bengale afin d’y pratiquer la méditation. Un jour, alors qu’il était en train d’y méditer, il entendit une voix dans l’espace qui lui disait d’aller à Odiyana où il rencontrerait une femme qui gardait les cochons. Ravi d’entendre cela, il alla immédiatement à Odiyana et là, comme prédit, il rencontra la femme gardienne de cochons. Il la reconnut immédiatement comme étant une émanation de Vajrayogini. Il reçut les transmissions de pouvoir et les enseignements sur Hérouka de cette émanation, puis il alla loin dans la forêt d’Odivisha (aujourd’hui Orissa) en Inde, où il se mit à pratiquer intensément les méditations sur Hérouka et Vajrayogini.
Puisqu’il vivait dans un endroit aussi isolé, sa nourriture était pauvre et il n’avait plus que la peau sur les os. Un jour, le roi d’Odivisha alla chasser dans la forêt et il rencontra Ghantapa. Voyant sa maigreur et sa faiblesse, il lui demanda pourquoi il vivait dans la forêt et pourquoi il mangeait aussi peu, et il l’encouragea à retourner en ville où il pourrait lui donner à manger et un abri. Ghantapa lui répondit que tout comme un grand éléphant ne pouvait pas être mené hors de la forêt avec un fil fin, lui-même ne pouvait être tenté de quitter la forêt par les richesses d’un roi. Mis en colère par le refus de Ghantapa, le roi retourna au palais en menaçant de se venger.
La colère du roi était telle qu’il fit venir un certain nombre de femmes de la ville et qu’il leur parla du moine arrogant de la forêt. Il promit d’offrir de grandes richesses à celle qui arriverait à le séduire et à le forcer à rompre son voeu de célibat. Une des femmes, une vendeuse de vin, se vanta de pouvoir y parvenir, elle alla donc dans la forêt pour chercher Ghantapa. Finalement, elle le trouva et lui demanda si elle pouvait être sa servante. Ghantapa n’avait nul besoin de servante, mais il réalisa qu’ils avaient une forte relation venant de leurs vies antérieures, il lui permit donc de rester. Il lui donna des instructions spirituelles et des transmissions de pouvoir et ils s’engagèrent avec sincérité dans la méditation. Après douze ans, ils atteignirent tous les deux l’union au-delà-de-l’étude, la pleine illumination.
Un jour, Ghantapa et l’ancienne vendeuse de vin décidèrent d’aller encourager les habitants de la ville à développer un plus grand intérêt pour le dharma. Dans ce but, la femme alla voir le roi et lui dit qu’elle avait séduit le moine. Au début, le roi ne crut pas à son histoire, mais il fut ravi de l’entendre quand elle lui expliqua qu’elle avait eu deux enfants de Ghantapa, un fils et une fille, et il lui dit d’amener Ghantapa en ville un jour déterminé. Puis, il fit une proclamation qui dénigrait Ghantapa et ordonna à ses sujets de se réunir le jour convenu pour insulter et humilier le moine.
Le jour venu, Ghantapa et la femme quittèrent la forêt avec leurs enfants, le fils se tenant à droite de Ghantapa et la fille à gauche. En entrant en ville, Ghantapa marchait comme s’il était saoul et il tenait un bol dans lequel la femme versait du vin. Tous les habitants qui s’étaient réunis riaient, se moquaient de lui, vociféraient des injures et l’insultaient. « Il y a longtemps » raillèrent-ils « notre roi t’avait invité à venir en ville, mais toi, tu as refusé son invitation par arrogance. Aujourd’hui, tu viens ici saoul avec une vendeuse de vin. Quel mauvais exemple de bouddhiste et de moine ! » Lorsqu’ils eurent fini, Ghantapa sembla se mettre en colère et jeta son bol par terre. Le bol s’enfonça sous terre, fendant le sol et il en jaillit une source d’eau. Ghantapa se transforma immédiatement en Hérouka et la femme en Vajrayogini. Le garçon se transforma en un vajra que Ghantapa tenait dans sa main droite, et la fille en une cloche qu’il tenait dans sa main gauche. Ghantapa et sa parèdre s’embrassèrent alors et s’envolèrent dans le ciel.
Les habitants furent abasourdis et eurent immédiatement un profond regret pour leur manque de respect. Ils se prosternèrent devant Ghantapa, le suppliant de revenir, ainsi que l’émanation de Vajrayogini. Ghantapa et sa parèdre refusèrent, mais ils dirent aux gens que si leurs regrets étaient sincères, ils pourraient se confesser à Avalokiteshvara, la personnification de la grande compassion de Bouddha. Grâce aux profonds remords des habitants d’Odivisha et à la force de leurs prières, une statue d'Avalokiteshvara apparut sortant de la source d’eau. Les habitants d’Odivisha devinrent des pratiquants du dharma très dévoués et un grand nombre d’entre eux obtint des réalisations. On peut encore voir la statue d'Avalokiteshvara aujourd’hui.
Parce que Ghantapa avait pratiqué Hérouka et Vajrayogini avec pureté dans la forêt, Vajrayogini vit que le moment était venu de lui accorder ses bénédictions, et c’est ainsi qu’elle se manifesta sous la forme de la vendeuse de vin. En vivant avec elle, Ghantapa atteignit l’état du Pays Pur de Hérouka.
KRISHNAPADAKrishnapada a reçu la transmission de pouvoir et les enseignements sur Hérouka du mahasiddha Dzalandarapa. Il a atteint l’illumination pendant l’état intermédiaire après avoir atteint l’ultime claire lumière d’exemple durant la claire lumière de la mort. Avant de mourir, il avait atteint d'extraordinaires pouvoirs miraculeux en s’en remettant à l’étape de génération de Hérouka. Il pouvait faire en sorte que les animaux sauvages et les brigands restent sur place juste en les regardant fixement, et il pouvait dompter des animaux sauvages d’un coup d’oeil. Il pouvait faire tomber les fruits des arbres juste en les regardant, et il pouvait marcher sans toucher le sol. Lorsqu’il voulait traverser un fleuve, il enlevait simplement son habit du haut et le traversait en flottant sur l’eau tout en étant assis sur ce tissu dans la posture-vajra.
Tous les gourous de la lignée de ces instructions, de Ghantapa jusqu'à mon gourou racine, Kyabdjé Tridjang Dordjétchang Losang Yéshé Rimpotché, sont de bons exemples de pratiquants qui ont atteint l’union de Bouddha Hérouka par la pratique du mandala du corps de Hérouka. Les instructions de ce livre sont les instructions qui ont été données à Ghantapa par l’émanation de Vajrayogini à Odiyana. Si nous les mettons en pratique avec sincérité, nous pouvons accomplir toutes les réalisations et devenir un être saint pur exactement comme Mahasiddha Ghantapa.
En pratiquant les étapes de génération et d’accomplissement de Hérouka, nous pouvons atteindre l’illumination en l’espace d’une seule vie. Néanmoins, pour que cela arrive, nous devons être un pratiquant sincère qui possède les cinq qualités suivantes :
(1) Nous avons de l’expérience du renoncement, de la bodhitchitta et de la vue correcte de la vacuité
(2) Nous avons reçu la transmission de pouvoir de Hérouka
(3) Nous observons nos voeux et nos engagements avec pureté
(4) Nous avons une compréhension claire et non fallacieuse de la manière de pratiquer l’étape de génération et l’étape d’accomplissement de Hérouka
(5) Nous avons une foi indestructible en la Déité Hérouka et en le guide spirituel de qui nous avons reçu la transmission de pouvoir et le commentaire de la pratique.
Tous ceux qui possèdent ces cinq qualités et qui méditent continuellement sur l’étape de génération et l’étape d’accomplissement de Hérouka, atteindront définitivement l’illumination en l’espace d’une seule vie. Si nous n’avons pas encore ces cinq qualités, alors nous devons progressivement nous efforcer de les atteindre.
Lorsque nous avons reçu la transmission de pouvoir , nous avons l’engagement de méditer sur les deux étapes, si nous omettons de le faire, nous perdrons la bénédiction de la transmission de pouvoir. De plus, notre progrès sera entravé si nous ne faisons pas également d’efforts pour atteindre les quatre autres qualités. La chose la plus importante est de développer une foi profonde, immuable en Hérouka et en notre guide spirituel. Il faut essayer de surmonter l’apparence ordinaire de notre guide spirituel et développer la foi en lui, ou elle. De cette manière, nous accomplirons de grands résultats. Même si nous donnons un magnifique cadeau à notre guide spirituel, si nous manquons de foi en lui, cela n’aura aucun sens. Par contre, si nous développons une foi pure en notre guide spirituel, nous lui ferons une grande offrande, même si nous ne lui faisons jamais de cadeaux. Sans foi, nous sommes comme une graine brûlée ; de même qu’une graine brûlée ne peut produire aucun fruit, un pratiquant tantrique sans foi ne peut accomplir aucun résultat.
Les réalisations tantriques dépendent de la foi et de l’imagination. Quelles que soient les analyses que nous faisons, il est difficile de prouver que notre guide spirituel est un bouddha, aussi au lieu de développer des doutes, utilisons nos pouvoirs d’imagination pour le considérer comme un bouddha et cultivons une foi en lui , ou elle, qui soit pure. Progressivement, notre esprit deviendra de plus en plus pur, jusqu'à ce que, finalement, nous voyons notre guide spirituel comme un bouddha.
