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La voie joyeuse

La voie bouddhiste qui mène à la pleine illumination

Format: Couverture rigide
ISBN: 2-913717-04-7
Détail: 728 pages, 1ère édition 2001
Prix: 30.00 €  
 
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Couverture rigide

Chapitre1 - Introduction

Les étapes de la voie

Les grandes universités monastiques bouddhistes de Nalanda et de Vikramashila ont chacune élaboré leur propre style de discours. Selon la tradition de Nalanda, chaque fois qu’un guide spirituel enseigne le dharma, il, ou elle, commence par expliquer trois puretés. Ces trois puretés sont nécessaires chaque fois que nous écoutons, lisons ou enseignons le dharma. Ce sont : un esprit pur de la part de l’étudiant, une parole pure de la part du guide spirituel et un dharma pur. L’esprit de l’étudiant est pur si celui-ci ne maintient pas de vues erronées, s’il a foi en le guide spirituel et en le dharma qui lui est enseigné, et s’il a une motivation correcte. La parole du guide spirituel est pure si elle est non fallacieuse et claire, s’il l’a reçue d’un guide spirituel authentique, et si la transmission orale et la lignée des enseignements ont été bénies. Le dharma est pur s’il révèle l’intégralité de la voie qui mène à l’illumination, s’il présente chaque point de façon non fallacieuse et s’il a été transmis par une lignée ininterrompue depuis Bouddha Shakyamouni. Le dharma expliqué ici, le lamrim, est pur parce qu’il possède ces trois conditions nécessaires. Par conséquent, notre travail en tant que lecteur est de nous assurer que notre propre esprit est pur lorsque nous lisons, contemplons et méditons sur le sens de ce qui est expliqué. Nous avons principalement besoin de développer une bonne motivation, en pensant :
Maintenant j’ai cette suprême opportunité d’atteindre la bouddhéité et d’y conduire les autres. Pour atteindre l’illumination, j’ai besoin de pratiquer toutes les étapes de la voie. Je vais donc étudier ces instructions et les mettre en pratique.

Si nous lisons le lamrim avec une telle pureté d’intention, nous allons à chaque instant accroître notre collection de mérite. Il n’y a rien de plus sensé que nous puissions faire de notre vie. Pour moi, l’auteur, rien ne peut donner plus de sens à ma vie que d’enseigner et d’expliquer le dharma dans toute sa pureté.
Selon la tradition de Vikramashila, chaque fois qu’un guide spirituel enseigne le dharma, il, ou elle, commence par expliquer trois choses :

(1) Les qualités prééminentes de l’auteur des textes racines sur lesquels les enseignements sont basés
(2) Les qualités prééminentes des enseignements présentés dans ces textes
(3) Comment écouter et enseigner le dharma

Recevoir ces explications avant d’étudier les instructions proprement dites sur les étapes de la voie nous apportera de grands bienfaits. En connaissant les excellentes qualités de l’auteur, nous allons comprendre facilement que le dharma qu’il, ou elle, enseigne doit être authentique. En connaissant les qualités prééminentes du lamrim, nous allons naturellement développer intérêt, respect et confiance en ce texte. En sachant comment écouter et lire les instructions, et comment elles doivent être enseignées, nous pourrons tirer le plus grand profit d’une opportunité comme celle que nous avons maintenant, et nous serons finalement capables d’aider immensément les autres en leur donnant ces instructions.

Toutes les explications présentées dans ce livre sont contenues dans les quatre parties suivantes :

1 Explication des qualités prééminentes de l’auteur, qui nous montrent que les instructions du lamrim sont authentiques
2 Explication des qualités prééminentes du lamrim, qui inspirent foi et respect pour les instructions du lamrim
3 Explication de la manière d’écouter et d’enseigner le dharma
4 Explication des instructions proprement dites des étapes de la voie de l’illumination

Les qualités de l’auteur
 
EXPLICATION DES QUALITÉS PRÉÉMINENTES DE L’AUTEUR,
 QUI NOUS MONTRENT QUE LES INSTRUCTIONS
 DU LAMRIM SONT AUTHENTIQUES

Les instructions du lamrim furent à l’origine enseignées par Bouddha Shakyamouni. Elles furent transmises par deux lignées séparées : la lignée de la sagesse de Nagardjouna et la lignée de la méthode d’Asanga. La lignée de la sagesse, ou profonde voie, fut transmise de Bouddha Shakyamouni à Mandjoushri, de Mandjoushri à Nagardjouna, puis par d’autres enseignants jusqu’à Atisha. La lignée de la méthode, ou vaste voie, fut transmise de Bouddha Shakyamouni à Maitreya, de Maitreya à Asanga, puis par d’autres enseignants jusqu’à Atisha. Ces deux lignées comportent les instructions sur la méthode et la sagesse, mais elles diffèrent par l’importance accordée à ces deux aspects.

L’auteur du lamrim est Atisha parce qu’il fut le premier à réunir toutes les instructions de ces deux grandes lignées mahayanas dans son ouvrage, La lampe pour la voie de l’illumination. Il donna à sa présentation le titre abrégé de Lamrim. Il unifia les deux traditions de manière à les rendre toutes deux plus faciles à comprendre et à pratiquer, et cet ouvrage est le prototype de tous les textes ultérieurs du lamrim.
La vie et l’œuvre d’Atisha sont expliquées en trois parties :

1 La naissance d’Atisha dans une famille royale et ses jeunes années
2 Les accomplissements d’Atisha en connaissance et en réalisations spirituelles
3 Le travail d’Atisha pour répandre le bouddhadharma en Inde et au Tibet


LA NAISSANCE D’ATISHA DANS UNE FAMILLE ROYALE
 ET SES JEUNES ANNÉES

Atisha est né en tant que prince dans le Bengale oriental, en Inde, en 982 après J.-C. Son père s’appelait Kalyanashri (Glorieuse Vertu) et sa mère Prabhavarti Shrimati (Glorieux Rayonnement). De leurs trois fils il était le second et il reçut à sa naissance le nom de Tchandragarbha (Essence de Lune). Le nom d’Atisha, qui veut dire « paix », lui fut donné plus tard par le roi tibétain Djangtchoub Ö parce qu’il était toujours calme et paisible.

Alors qu’il était encore un enfant, les parents de Tchandragarbha l’emmenèrent visiter un temple. Tout au long du chemin des milliers de personnes se rassemblèrent pour essayer d’apercevoir le prince. Lorsque Tchandragarbha les vit, il demanda « Qui sont ces gens ? » et ses parents répondirent : « Ce sont tous nos sujets. » De la compassion naquit spontanément dans le cœur du prince et il pria : « Puissent toutes ces personnes jouir d’une bonne fortune aussi grande que la mienne. » Chaque fois qu’il rencontrait quelqu’un, ce souhait se produisait naturellement dans son esprit : « Puisse cette personne trouver le bonheur et être libérée de la souffrance. »
Alors qu’il était encore un petit garçon, Tchandragarbha reçut des visions de Tara. Parfois, lorsqu’il était sur les genoux de sa mère, des fleurs oupalis bleues tombaient du ciel et il commençait à parler comme s’il s’adressait aux fleurs. Des yogis expliquèrent plus tard à sa mère que les fleurs bleues qu’elle avait vues étaient un signe que Tara était apparue à son fils et lui avait parlé.

Lorsque le prince fut plus âgé, ses parents voulurent lui arranger un mariage, mais Tara lui donna ce conseil : « Si tu t’attaches à ton royaume, tu seras comme un éléphant qui s’enlise dans la boue et ne peut plus en ressortir parce qu’il est trop gros et trop lourd. Ne t’attache pas à cette vie. Étudie et pratique le dharma. Tu as été un guide spirituel dans de nombreuses vies antérieures et dans cette vie-ci tu deviendras également un guide spirituel. » Inspiré par ces paroles, Tchandragarbha se mit à prendre beaucoup d’intérêt à l’étude et à la pratique du dharma et il prit la détermination d’accomplir toutes les réalisations des enseignements de Bouddha. Il savait que pour atteindre son but, il lui était nécessaire de trouver un guide spirituel pleinement qualifié. Il s’adressa tout d’abord à un célèbre enseignant bouddhiste, appelé Djétari, qui vivait dans les environs et lui demanda des instructions sur le dharma qui expliquent comment se libérer du samsara. Djétari lui donna des instructions sur le refuge et la bodhitchitta, puis lui dit que s’il voulait pratiquer avec pureté, il lui fallait aller à Nalanda et étudier avec le guide spirituel Bodhibhadra.
Lorsque le prince rencontra Bodhibhadra, il lui dit : « Je réalise que le samsara est dénué de sens et que seules la libération et la pleine illumination ont une réelle signification. Donnez-moi, s’il vous plaît, des instructions sur le dharma qui me conduiront rapidement à l’état au-delà de la douleur. » Bodhibhadra lui donna de courtes instructions pour générer la bodhitchitta, puis lui conseilla : « Si tu souhaites pratiquer le dharma avec pureté, il faut que tu ailles trouver le guide spirituel Vidyakokila. » Bodhibhadra savait que Vidyakokila était un grand méditant qui avait obtenu une réalisation parfaite de la vacuité et qu’il enseignait avec beaucoup d’habileté les étapes de la profonde voie.

Vidyakokila donna à Tchandragarbha des instructions complètes sur les deux voies, la profonde voie et la vaste voie, puis l’envoya étudier auprès du guide spirituel Avadhoutipa. Avadhoutipa ne fut pas immédiatement son guide spirituel, mais dit au prince d’aller auprès de Rahoulagoupta pour y recevoir les instructions sur les Tantras de Hévajra et de Hérouka, puis de revenir auprès de lui pour recevoir des instructions plus détaillées sur le mantra secret. Rahoulagoupta donna à Tchandragarbha le nom secret de Jnanavajra (Sagesse Indestructible) et sa première transmission de pouvoir, qui portait sur la pratique de Hévajra. Puis il lui dit de retourner chez lui pour obtenir le consentement de ses parents.

Bien que le prince ne fût pas attaché à la vie mondaine, il était cependant important qu’il obtienne la permission de ses parents pour pratiquer comme il le souhaitait. Aussi retourna-t-il chez ses parents et leur dit : « Si je pratique le dharma avec pureté, alors, comme l’avait prédit Arya Tara, je pourrai vous rendre votre bonté et celle de tous les êtres vivants. Si je peux faire cela, ma vie humaine n’aura pas été gaspillée. Sinon ma vie n’aura aucun sens, même si je passe tout mon temps dans un palais magnifique. Donnez-moi, s’il vous plaît, votre permission de quitter le royaume afin de consacrer toute ma vie à la pratique du dharma. » Le père de Tchandragarbha fut triste d’entendre cela et voulut l’empêcher d’abandonner sa future carrière de roi, mais sa mère fut ravie d’entendre que son fils désirait consacrer sa vie au dharma. Elle se souvenait qu’à sa naissance il y avait eu des signes merveilleux, tels que des arcs-en-ciel, et elle se souvenait de miracles comme par exemple les fleurs oupalis bleues qui tombaient du ciel. Elle savait que son fils n’était pas un prince ordinaire et donna sa permission sans hésiter. Plus tard, le roi donna également son accord.
Tchandragarbha retourna chez Avadhoutipa et reçut pendant sept années des instructions sur le mantra secret. Il devint si accompli qu’un jour il se mit à avoir de l’orgueil, en pensant : « J’en connais probablement plus sur le mantra secret que n’importe qui d’autre au monde. » Cette nuit-là des dakinis vinrent dans son rêve et lui montrèrent des écritures rares qu’il n’avait jamais vues auparavant. Elles lui demandèrent « Qu’est-ce qui est exprimé dans ces textes ? », mais il n’en avait pas la moindre idée. Lorsqu’il se réveilla, son orgueil avait disparu.

Plus tard, Tchandragarbha se mit à penser qu’il lui fallait imiter la manière de pratiquer d’Avadhoutipa et s’efforcer, en tant que laïc, d’atteindre rapidement l’illumination en pratiquant le mahamoudra à l’aide d’un moudra d’action, mais il reçut une vision de Hérouka qui lui dit que s’il se faisait ordonner, il serait capable d’aider d’innombrables êtres et de répandre largement le dharma. Cette nuit-là, il rêva qu’il suivait une procession de moines en présence de Bouddha Shakyamouni qui s’étonnait que Tchandragarbha n’ait pas encore été ordonné. Lorsqu’il se réveilla après ce rêve, il prit la décision de devenir moine. Il reçut l’ordination de Shilarakshita et reçut le nom de Dhipamkara Shrijnana.

Dhipamkara Shrijnana reçut du guide spirituel Dharmarakshita des instructions détaillées sur les Sept traités de l’abhidharma et sur L’océan de la grande explication. Ces textes ont été écrits selon le point de vue du système vaibhashika. C’est de cette manière qu’il maîtrisa les enseignements hinayanas.

Dhipamkara Shrijnana n’était pas encore satisfait et il alla à Bodh Gaya pour y recevoir des instructions détaillées. Un jour, il surprit une conversation entre deux femmes, qui étaient en fait des émanations d’Arya Tara. La plus jeune demandait à la plus âgée « Quelle est la méthode principale pour atteindre rapidement l’illumination ? » et la plus âgée de répondre : « C’est la bodhitchitta. » En entendant ces mots, Dhipamkara Shrijnana prit la détermination d’atteindre la précieuse bodhitchitta. Un jour, alors qu’il faisait la circonvolution du grand stoupa de Bodh Gaya, une statue de Bouddha Shakyamouni lui parla et dit : « Si tu désires atteindre rapidement l’illumination, tu dois obtenir l’expérience de la compassion, de l’amour et de la précieuse bodhitchitta. » Son désir de réaliser la bodhitchitta devint alors intense. Il entendit parler du guide spirituel Serlingpa qui vivait dans un endroit lointain appelé Serling, à Sumatra, avait atteint une expérience très spéciale de la bodhitchitta et pouvait donner des instructions sur les Soutras de la perfection de la sagesse.

Il fallut treize mois à Dhipamkara Shrijnana pour naviguer jusqu’à Sumatra. À son arrivée, il offrit un mandala à Serlingpa et lui fit sa requête. Serlingpa lui dit que la transmission de ces instructions prendrait douze ans. Dhipamkara Shrijnana resta douze ans à Sumatra et obtint finalement la précieuse réalisation de la bodhitchitta. Puis il retourna en Inde.

LES ACCOMPLISSEMENTS D’ATISHA EN CONNAISSANCE
 ET EN RÉALISATIONS SPIRITUELLES

En s’en remettant à ses guides spirituels, Atisha obtint une connaissance remarquable des trois groupes d’enseignements de Bouddha – le groupe de la discipline morale, le groupe des discours et le groupe de la sagesse – ainsi que des quatre classes du tantra. Il maîtrisa également les arts et les sciences, tels que la poésie, la rhétorique et l’astrologie, c’était un excellent médecin et il était très habile dans les domaines de l’artisanat et de la technologie.


Atisha obtint également toutes les réalisations des trois entraînements supérieurs : l’entraînement à la discipline morale supérieure, l’entraînement à la concentration supérieure et l’entraînement à la sagesse supérieure. Puisque toutes les étapes du soutra, telles que les six perfections, les cinq voies, les dix terres, et toutes les étapes du tantra, telles que l’étape de génération et l’étape d’accomplissement, sont comprises dans les trois entraînements supérieurs, Atisha avait donc obtenu toutes les réalisations des étapes de la voie.

Il y a trois types de discipline morale supérieure : la discipline morale supérieure des vœux de la pratimoksha ou vœux de libération individuelle, la discipline morale supérieure des vœux du bodhisattva et la discipline morale supérieure des vœux tantriques. Les vœux auxquels s’engage un moine pleinement ordonné consistent à abandonner les deux cent cinquante-trois chutes morales qui font partie des vœux de la pratimoksha. Atisha n’a jamais rompu l’un d’entre eux. Cela montre qu’il possédait une très grande vigilance et un esprit très consciencieux. Il observa aussi avec pureté le vœu du bodhisattva qui consiste à éviter les dix-huit chutes morales racines et les quarante-six chutes morales secondaires, et observa tous ses vœux tantriques avec pureté.

Les accomplissements de la concentration supérieure et de la sagesse supérieure sont divisés en communs et non communs. Un accomplissement commun est obtenu par les pratiquants du soutra et du tantra, et un accomplissement non commun n’est obtenu que par les pratiquants du tantra. En s’entraînant à la concentration supérieure, Atisha obtint la concentration commune du calme stable et, basés sur elle, la clairvoyance, les pouvoirs miraculeux et les vertus communes. Il atteignit aussi les concentrations non communes, telles que les concentrations de l’étape de génération et de l’étape d’accomplissement du mantra secret. En s’entraînant à la sagesse supérieure, Atisha obtint la réalisation commune de la vacuité et les réalisations non communes de la claire lumière d’exemple et de la claire lumière de signification du mantra secret.


LE TRAVAIL D’ATISHA POUR RÉPANDRE LE BOUDDHADHARMA
 EN INDE ET AU TIBET

Atisha maîtrisait les deux enseignements, hinayanas et mahayanas, et il était respecté par les enseignants de ces deux traditions. Lorsque des non-bouddhistes débattaient avec lui et étaient battus, ils se convertissaient au bouddhisme. Atisha était comme un roi, l’ornement de couronne des bouddhistes indiens, et il était considéré comme un deuxième Bouddha.

Avant l’époque d’Atisha, le trente-septième roi du Tibet, Trisong Détsèn (environ 754-97 après J.-C.) avait invité Padmasambhava, Shantarakshita et d’autres enseignants bouddhistes au Tibet et grâce à leur influence un dharma tout à fait pur s’y était épanoui. Mais quelques années plus tard, un roi tibétain appelé Lang Darma (environ 836 après J.-C.) détruisit le dharma pur au Tibet et abolit la sangha. Jusque-là, la plupart des rois avaient été religieux, mais pendant le règne maléfique de Lang Darma ce fut une période sombre dans l’histoire du Tibet. Environ soixante-dix ans après sa mort, le dharma commença à s’épanouir une nouvelle fois dans la partie haute du Tibet, grâce aux efforts de grands enseignants, tels que le traducteur Rintchèn Sangpo, et il commença également à s’épanouir dans la partie basse du Tibet grâce aux efforts d’un grand enseignant appelé Gongpa Rabsäl. Peu à peu, le dharma se répandit au Tibet central.

À cette époque-là, il n’y avait pas de pratique pure de l’union du soutra et du tantra. Ces deux pratiques étaient considérées comme étant contradictoires, comme le feu et l’eau. Lorsque les gens pratiquaient le soutra, ils abandonnaient le tantra et, lorsqu’ils pratiquaient le tantra, ils abandonnaient le soutra, y compris les règles du vinaya. De faux enseignants vinrent de l’Inde, désireux de se procurer de l’or qui était abondant au Tibet. Prétendant être des guides spirituels et des yogis, ils introduisirent des perversions telles que la magie noire, la création d’apparitions, des pratiques sexuelles et des meurtres rituels. Ces pratiques malfaisantes devinrent très répandues.

Un roi appelé Yéshé Ö et son neveu Djangtchoub Ö, qui vivaient à Ngari dans l’ouest du Tibet, étaient très préoccupés par ce qui arrivait au dharma dans leur pays. Le roi pleurait lorsqu’il comparait la pureté du dharma des temps passés avec le dharma impur qui était pratiqué à son époque. Il était affligé de voir à quel point l’esprit des gens s’était durci et devenait incontrôlé. Il pensait : « Comme ce serait merveilleux si un dharma pur s’épanouissait à nouveau au Tibet pour dompter l’esprit de notre peuple. » Pour exaucer ce souhait, il envoya des tibétains en Inde pour qu’ils y apprennent le sanscrit et s’entraînent au dharma, mais beaucoup d’entre eux furent incapables de supporter la chaleur du climat. Les rares survivants apprirent le sanscrit et s’entraînèrent avec application à la pratique du dharma. Parmi eux se trouvait le traducteur Rintchèn Sangpo qui reçut de nombreuses instructions, puis retourna au Tibet.

Puisque ce plan n’avait pas rencontré beaucoup de succès, Yéshé Ö décida d’inviter un enseignant authentique de l’Inde. Il envoya un groupe de tibétains en Inde avec une grande quantité d’or et les chargea d’y trouver le guide spirituel le plus qualifié. Il leur recommanda à tous d’étudier le dharma et d’acquérir une parfaite connaissance du sanscrit. Ces tibétains endurèrent toutes les épreuves du climat et du voyage pour satisfaire ses désirs. Certains d’entre eux devinrent de célèbres traducteurs. Ils traduisirent un grand nombre d’écritures et les envoyèrent au roi, ce qui lui procura une grande joie.

Lorsque ces tibétains retournèrent au Tibet, ils donnèrent à Yéshé Ö cette information : « En Inde, il y a beaucoup d’enseignants bouddhistes très érudits, mais le plus remarquable et le plus sublime de tous est Dhipamkara Shrijnana. Nous aimerions l’inviter au Tibet, mais il a des milliers de disciples en Inde. » Lorsque Yéshé Ö entendit le nom « Dhipamkara Shrijnana », il fut ravi et prit la décision d´inviter ce maître au Tibet. Étant donné qu’il avait déjà utilisé la plus grande partie de son or et qu’il lui en fallait maintenant encore plus pour inviter Dhipamkara Shrijnana au Tibet, le roi partit en expédition pour en chercher davantage. Lorsqu’il arriva à l’une des frontières, un roi non bouddhiste hostile le captura et le jeta en prison. Lorsque Djangtchoub Ö reçut la nouvelle, il réfléchit : « Je suis assez puissant pour faire la guerre à ce roi, mais si je la fais, de nombreuses personnes en souffriront et je devrai commettre un grand nombre d’actions nuisibles et destructrices. » Il décida de faire une demande pour que son oncle soit libéré, mais le roi lui répondit : « Je ne relâcherai ton oncle que si tu deviens mon sujet ou si tu m’apportes une quantité d’or égale au poids de son corps. » Djangtchoub Ö parvint avec beaucoup de difficultés à rassembler un poids d’or égal à celui du corps de son oncle, mais sans le poids de sa tête. Puisque le roi demandait la totalité, Djangtchoub Ö se prépara à chercher davantage d’or, mais avant de se mettre en route il rendit visite à son oncle. Il trouva Yéshé Ö physiquement affaibli, mais dans un bon état d’esprit. Djangtchoub Ö lui parla à travers les barreaux de la prison : « Bientôt je pourrai te faire relâcher, car j’ai rassemblé presque tout l’or nécessaire. » Yéshé Ö répondit : « S’il te plaît, ne me traite pas comme si j’étais important. Tu ne dois pas donner cet or à ce roi hostile. Envoie-le en Inde et offre-le à Dhipamkara Shrijnana. C’est mon plus grand désir. Je vais donner ma vie avec joie dans le but de rétablir la pureté du dharma au Tibet. Remets, s’il te plaît, ce message à Dhipamkara Shrijnana et fais-lui savoir que j’ai donné ma vie pour l’inviter au Tibet. Étant donné qu’il a de la compassion pour le peuple tibétain, lorsqu’il recevra ce message il acceptera notre invitation. »
Djangtchoub Ö envoya le traducteur Nagtso en Inde, accompagné de quelques personnes, avec l’or. Lorsqu’ils rencontrèrent Dhipamkara Shrijnana, ils lui racontèrent ce qui se passait au Tibet et que les tibétains voulaient inviter un guide spirituel venant de l’Inde. Ils lui dirent combien d’or le roi avait envoyé en offrande et combien de tibétains étaient morts dans le but d’y restaurer la pureté du dharma. Ils lui dirent comment Yéshé Ö avait sacrifié sa vie pour le faire venir au Tibet. Lorsqu’ils eurent fait cette requête, Dhipamkara Shrijnana prit en considération ce qu’ils avaient dit et accepta leur invitation. Bien qu’il eût un grand nombre de disciples en Inde et qu´il y travaillât énormément pour le dharma, il savait que le dharma n´était pas pur au Tibet. Il avait également reçu une prédiction d’Arya Tara qui disait que, s’il allait au Tibet, il ferait du bien à d’innombrables êtres vivants. La compassion s´éleva dans son cœur lorsqu’il pensa à tous les tibétains qui étaient morts en Inde et il fut tout spécialement ému par le sacrifice de Yéshé Ö.

Dhipamkara Shrijnana dut organiser son voyage au Tibet en secret, car si ses disciples indiens avaient appris qu’il quittait l’Inde ils l’en auraient empêché. Il leur dit qu’il allait en pèlerinage au Népal, mais du Népal il passa au Tibet. Lorsque ses disciples indiens réalisèrent finalement qu’il ne reviendrait pas, ils protestèrent et dirent que les tibétains étaient des voleurs qui leur avaient volé leur guide spirituel !

Puisque, tout comme de nos jours, il était d’usage en ce temps-là d’accueillir un invité de haut rang avec solennité, Djangtchoub Ö envoya à la frontière une suite de trois cents cavaliers avec un grand nombre d’éminents tibétains pour souhaiter la bienvenue à Atisha et lui offrir un cheval qui lui faciliterait le difficile voyage jusqu’à Ngari. Atisha chevaucha au milieu des trois cents cavaliers et grâce à ses pouvoirs miraculeux s’assit une coudée au-dessus du dos du cheval. Lorsqu’ils le virent, ceux qui auparavant n’avaient pas de respect pour lui, se mirent à avoir une grande foi en lui, si bien que tout le monde disait que le deuxième Bouddha était arrivé au Tibet.
Lorsque Atisha arriva à Ngari, Djangtchoub Ö lui fit cette requête : « Ô compatissant Atisha, s’il vous plaît, donneznous des instructions pour aider le peuple tibétain. S’il vous plaît, donnez des conseils que chacun puisse suivre. S’il vous plaît, donnez-nous des instructions spéciales afin que nous puissions pratiquer ensemble toutes les voies du soutra et du tantra. » Pour exaucer ce souhait, Atisha composa et enseigna La lampe pour la voie de l’illumination. Il donna ces instructions tout d’abord à Ngari, puis dans le Tibet central. Une grande sagesse se développa chez de nombreux disciples qui avaient écouté ces enseignements.

Alors qu’il était en Inde, Atisha avait reçu une prédiction d’Arya Tara : « Lorsque tu iras au Tibet, un laïc viendra pour recevoir de toi des instructions et ce disciple fera s’épanouir très largement le dharma. » Cette prédiction se rapportait au plus proche disciple d’Atisha, Dromtönpa. Au début Atisha enseigna le lamrim surtout à Dromtönpa et donna des instructions sur le mantra secret aux autres disciples. Lorsque Dromtönpa lui demanda : « Pourquoi donnez-vous le lamrim principalement à moi et non pas aux autres ? » Atisha répondit qu’il était spécialement digne de recevoir les enseignements du lamrim. Après la mort d’Atisha, Dromtönpa fut considéré comme son représentant et respecté comme son égal. Dromtönpa enseigna beaucoup le lamrim au Tibet.

Trois lignées d’instructions du lamrim furent transmises à partir de Dromtönpa. Le kadam shoungpawa fut transmis de Dromtönpa à Guéshé Potowa, puis à Guéshé Sharawa et par d’autres enseignants jusqu’à Djé Tsongkhapa. Le kadam lamrimpa fut transmis de Dromtönpa à Guéshé Gonbawa, puis à Guéshé Neusourpa et par d’autres enseignants jusqu’à Djé Tsongkhapa. Le kadam männgagpa fut transmis de Dromtönpa à Guéshé Tchenngapa, puis à Guéshé Djayoulwa et par d’autres enseignants jusqu’à Djé Tsongkhapa. Jusqu’à l’époque de Djé Tsongkhapa, ces trois lignées sont appelées les « anciennes lignées kadam ». De Djé Tsongkhapa à nos jours, ces trois lignées sont appelées les « nouvelles lignées kadam ». Aujourd’hui, toutes les trois sont encore pratiquées. Les pratiquants de ces trois écoles se différencient par l’étendue de leurs études philosophiques. Les kadams shoungpawas étudient d’une façon très approfondie, les kadams lamrimpas étudient moins longtemps et ce sont les kadams männgagpas qui étudient le moins. Ils ont cependant tous le lamrim comme pratique principale et ils intègrent toutes leurs études philosophiques dans leur pratique du lamrim.

Le grand guide spirituel Ngawang Tchogdèn est un exemple de kadam shoungpawa. Il étudia la philosophie durant de nombreuses années dans le Tibet central, et lorsqu’il obtint la qualification de guéshé, il retourna chez lui dans le Kham, au Tibet oriental. Là-bas, il reçut des instructions de Djamyang Shaypa et parvint à connaître la totalité du lamrim. Il se rendit compte alors qu’il faut prendre tous les enseignements de Bouddha comme des conseils personnels fiables et les mettre en pratique. Il comprit que toutes ses études philosophiques faisaient partie du lamrim, qu’elles n’en étaient pas séparées. Il pensa : « Lorsque j’étais étudiant dans le Tibet central, c’était bien le lamrim que j’étudiais, mais je n’avais pas encore reçu les instructions dans leur totalité et je ne pouvais donc pas comprendre comment mettre toutes mes études en pratique. Maintenant par contre, je peux les utiliser à bon escient en les intégrant à ma pratique du lamrim. »

De nos jours, les kadams lamrimpas étudient des textes, tels que Le grand exposé des étapes de la voie et L’exposé moyen des étapes de la voie de Djé Tsongkhapa. Aujourd’hui, les kadams männgagpas étudient quelques textes courts, tels que La voie de la félicité du premier Pantchèn Lama et La voie rapide du deuxième Pantchèn Lama. Bien que ces textes soient courts, ils contiennent toutes les pratiques du lamrim.

Ces trois lignées furent toutes transmises à Djé Tsongkhapa. Après avoir écrit Les trois principaux aspects de la voie qu’il reçut, en même temps que son titre, directement de Mandjoushri, Djé Tsongkhapa fit une retraite intensive sur le lamrim au monastère de Réting. Pendant qu’il était là-bas, il écrivit une louange à tous les gourous de la lignée du lamrim, appelée Ouvrir la porte de la voie suprême. Dans ce monastère se trouvait une statue très précieuse d’Atisha. Djé Tsongkhapa fit des requêtes devant cette statue, offrit des louanges à Bouddha Shakyamouni et à tous les gourous de la lignée du lamrim et eut des visions d’Atisha, de Dromtönpa, de Guéshé Potowa et de Guéshé Sharawa. Ils restèrent avec lui pendant un mois et lui parlèrent comme une personne parle à une autre. Après un mois, Dromtönpa, Guéshé Potowa et Guéshé Sharawa se résorbèrent en Atisha, qui toucha alors la tête de Djé Tsongkhapa avec sa main droite et dit : « Tu dois travailler dans l’intérêt du bouddhadharma, je t’aiderai. » Djé Tsongkhapa écrivit alors son Grand exposé des étapes de la voie, le roi de tous les textes du lamrim. Plus tard, il écrivit son Exposé moyen des étapes de la voie et finalement il écrivit son Exposé condensé des étapes de la voie, destiné à ceux qui n’ont pas la possibilité d’étudier les textes plus longs.

Beaucoup d’autres textes du lamrim ont été composés depuis l’époque de Djé Tsongkhapa. Parmi eux se trouvent huit textes majeurs, connus sous le nom des Huit grands guides du lamrim. Ce sont : les trois textes de Djé Tsongkhapa mentionnés ci-dessus, La voie de la félicité du premier Pantchèn Lama, La voie rapide du deuxième Pantchèn Lama, qui présentent les principales instructions du lamrim en relation avec le mantra secret, L’essence d’or raffiné du troisième Dalaï Lama et Instructions reçues de la bouche de Mandjoushri du cinquième Dalaï Lama, qui est un commentaire de L’essence d’or raffiné, qui n’enseignent que les instructions du lamrim du soutra, et L’essence des conseils bien-dits du grand lama, Dagpo Ngawang Dragpa.