Chapitre1 - Introduction
Le commentaire de la pratique du tantra yoga supérieur de la vénérable Vajrayogini est divisé en trois parties : l’explication préliminaire, le commentaire principal des étapes de génération et d’accomplissement, et la dédicace. L’explication préliminaire est divisée en sept parties :
1 Générer une motivation correcte
2 L’origine et la lignée de ces instructions
3 Les bienfaits de ces instructions
4 Biographies de pratiquants bouddhistes du passé qui ont obtenu des réalisations en pratiquant ces instructions
5 Les qualifications requises pour mettre ces instructions en pratique
6 Les quatre causes spéciales qui permettent d’obtenir rapidement des accomplissements
7 Que sont les Pays Purs intérieur et extérieur des Dakinis ?
Ces instructions traitent de la voie spirituelle extraordinaire du tantra, ou mantra secret, la méthode la plus rapide et la plus profonde pour atteindre la grande illumination. Réjouissons-nous de l’opportunité extraordinaire que nous avons d’étudier ces instructions qui, si nous les mettons en pratique, peuvent nous mener à la pleine illumination en l’espace d’une seule courte vie humaine. Pourtant, étudier ces instructions n’aura véritablement de sens que si notre motivation est pure. Si nous lisons ce livre uniquement par curiosité intellectuelle, nous ne connaîtrons pas sa signification réelle. Pour recevoir le maximum de bienfaits de ces instructions, nous devons commencer par générer une motivation pure et altruiste chaque fois que nous les étudions ou les pratiquons. Nous pouvons le faire en récitant trois fois la prière suivante tout en nous concentrant sur sa signification :
Moi-même et tous les êtres sensibles, les migrateurs aussi vastes que l'espace, dès maintenant et jusqu'à ce que nous atteignions l'essence de l'illumination,Ensuite nous récitons trois fois :
Prenons refuge en les gourous glorieux et sacrés,
Prenons refuge en les bouddhas accomplis, les êtres bénis,
Prenons refuge en les dharmas sacrés,
Prenons refuge en les sanghas supérieurs.
Dès que j’aurai atteint l'état d’un bouddha qui est accompli, je libérerai tous les êtres sensibles de l'océan de souffrance du samsara et les conduirai à la félicité de la pleine illumination. Dans ce but je vais pratiquer les étapes de la voie de Vajrayogini.
Les deux étapes de la pratique de Vajrayogini ont été enseignées à l’origine par Bouddha Vajradhara. Il s’est manifesté sous la forme de Hérouka pour enseigner le Tantra racine de Hérouka. C’est dans ce tantra qu’il a expliqué la pratique de Vajrayogini. On peut remonter toutes les lignées des instructions sur Vajrayogini jusqu’à cette première révélation. Parmi ces lignées, trois sont le plus souvent pratiquées : la lignée narokhatchö transmise de Vajrayogini à Naropa, la lignée maitrikhatchö transmise de Vajrayogini à Maitripa, et la lignée indrakhatchö transmise de Vajrayogini à Indrabodhi. Ce commentaire sur les étapes de génération et d’accomplissement de la pratique de tantra yoga supérieur de Vajrayogini est basé sur les instructions de la lignée narokhatchö.
Il fut un temps où cet univers était contrôlé par la déité mondaine Ishvara. Ses mandalas et lingams existaient dans de nombreuses places de ce monde, les plus importantes d’entre elles se trouvant dans les vingt-quatre places saintes. Les adeptes d’Ishvara sacrifiaient d’innombrables animaux pour lui faire des offrandes. Cela plaisait énormément à Ishvara et, en retour, il les aidait à obtenir richesse et succès mondain, mais il faisait obstruction à tous ceux qui essayaient d’atteindre la libération ou l’illumination. Influencés par Ishvara, les êtres de ce monde tuaient tous les jours des milliers d’animaux, pensant accomplir des actions vertueuses. En réalité cependant, ils ne faisaient qu’accumuler un lourd karma négatif et se privaient ainsi de la possibilité d’atteindre la libération.
Les héros et héroïnes des cinq familles de bouddhas pensèrent que cette situation était intolérable et demandèrent à Bouddha Vajradhara d’intervenir. Bouddha Vajradhara se manifesta alors sous la forme de Hérouka et, grâce au pouvoir de ses bénédictions, soumit Ishvara et transforma les mandalas d’Ishvara en ses propres mandalas. Les autres déités du mandala de Hérouka soumirent la suite d’Ishvara en les amenant à devenir des adeptes de Hérouka.
Hérouka ne réabsorba pas les mandalas qu’il avait manifestés dans les vingt-quatre places, mais les laissa intacts, et aujourd’hui, les êtres qui ont un karma particulièrement pur peuvent encore les voir, ainsi que les héros et héroïnes qui y demeurent. Ces places bénies sont des lieux de méditation particulièrement puissants pour les pratiquants de Hérouka et de Vajrayogini.
Après avoir soumis Ishvara et sa suite, Hérouka a enseigné les tantras racines condensé, intermédiaire et long de Hérouka. Seul le Tantra racine condensé de Hérouka a été traduit du sanscrit au tibétain. Bouddha Vajradhara a également enseigné de nombreux tantras explicatifs. Ce sont des commentaires des tantras racines. Un certain nombre d’entre eux ont été traduits en tibétain. C’est dans ces tantras racines et explicatifs, en particulier dans les chapitres quarante-sept et quarante-huit des cinquante et un chapitres du Tantra racine condensé de Hérouka que Bouddha Vajradhara a donné des instructions claires sur la pratique de Vajrayogini.
Le premier gourou de la lignée de ces instructions est Bouddha Vajradharma, le deuxième est Bouddha Vajrayogini. Vajrayogini a transmis ces instructions directement à Naropa qui les a mis en pratique avec diligence et a obtenu en conséquence de grandes réalisations. Bien que Naropa ait eu de nombreux disciples, il garda sa pratique de Vajrayogini secrète, ne la transmettant qu’à deux frères de la ville népalaise de Pamting qui s’appelle actuellement Pharping. Il reconnut que les frères Pamtingpa, Djigmé Dragpa et son petit frère Ngawang Dragpa, avaient un lien karmique particulièrement fort avec ces instructions. Sakya Pandita Kounga Gyaltsän et d’autres enseignants célèbres ont noté le fait que même le célèbre disciple de Naropa, le grand maître tibétain Marpa, n’avait pas reçu ces instructions.
Les frères Pamtingpa transmirent ces instructions aux traducteurs tibétains Lokya Shérab Tsèg et Malgyour Lotsawa. Ce fut Malgyour Lotsawa qui traduisit le Tantra racine condensé de Hérouka du sanscrit au tibétain. Grâce à sa bonté, de nombreux tibétains du passé sont devenus de grands yogis et yoginis, et aujourd’hui de nombreuses personnes ont la possibilité d’étudier et de pratiquer les tantras de Hérouka et de Vajrayogini. Malgyour Lotsawa atteignit lui-même l’union suprême de Vajradhara et atteignit le Pays Pur des Dakinis dans la même vie.
Ces instructions furent transmises de Malgyour Lotsawa en une succession ininterrompue jusqu’à Phabongkha Rinpotché, puis jusqu’au très vénérable Kyabdjé Tridjang Dordjétchang, tenant de la lignée. C’est de ce grand maître que moi, l’auteur, ai reçu ces instructions.
Il y a eu trente-sept gourous de la lignée de Bouddha Vajradharma jusqu’à Kyabdjé Tridjang Dordjétchang. La lignée de ces instructions est ininterrompue et les bénédictions qui ont été transmises par Bouddha Vajradharma sont intactes. Chaque gourou de la lignée a fait l’expérience complète de ces instructions, ce qui est l’assurance que leur pouvoir n’a pas diminué. Ces instructions sont entièrement authentiques et elles sont présentées avec clarté. Il est certain que, si nous les mettons en pratique avec une profonde conviction et un effort joyeux, nous obtiendrons des réalisations.
Dans le Tantra racine condensé de Hérouka, il est dit que les bienfaits qui peuvent être obtenus en s’engageant dans la pratique de Vajrayogini sont illimités, et que mille voix ne pourraient jamais les énumérer tous entièrement. Ici, nous allons voir quels sont les dix bienfaits principaux.
NOUS RECEVONS RAPIDEMENT DE GRANDES ET PUISSANTES BÉNÉDICTIONS EN PRATIQUANT CES INSTRUCTIONS
Quand nous pratiquons ces instructions, nous recevons rapidement de grandes et profondes bénédictions de tous les bouddhas. Ces bénédictions nous aident temporairement, et avec elles nous pouvons finalement atteindre l’objectif ultime, la pleine illumination.
CES INSTRUCTIONS SONT UNE SYNTHÈSE DE TOUTES LES INSTRUCTIONS ESSENTIELLES
Les instructions sur la pratique de Vajrayogini sont une synthèse de toutes les instructions essentielles contenues dans les tantras de Hérouka, de Yamantaka et de Gouhyasamadja. Tous les points essentiels des étapes du mantra secret sont compris dans la pratique de Vajrayogini.
CES INSTRUCTIONS SONT FACILES À METTRE EN PRATIQUE
Les instructions sur la pratique de Vajrayogini contiennent des méditations qui sont présentées avec clarté et concision et qui sont relativement faciles à mettre en pratique. Le mantra est court et facile à réciter, et les visualisations du mandala, de la déité et du mandala du corps sont simples comparées à celles d’autres déités du tantra yoga supérieur. Même les pratiquants qui ont des capacités limitées et peu de sagesse peuvent sans grande difficulté s’engager dans ces pratiques.
NOUS POUVONS RAPIDEMENT ATTEINDRE DES ACCOMPLISSEMENTS EN PRATIQUANT CES INSTRUCTIONS
De nombreux grands enseignants tels que Kyabdjé Tridjang Dordjétchang ont dit que, grâce à la pratique de Vajrayogini, ceux qui ne sont que moyennement fortunés peuvent atteindre le Pays Pur des Dakinis en l’espace d’une seule vie. Ceux qui sont très fortunés l’atteindront facilement, et même ceux qui sont peu fortunés peuvent atteindre le Pays Pur des Dakinis dans l’état intermédiaire entre la mort et la renaissance. Si nous récitons continuellement le mantra de Vajrayogini, nous nous en souviendrons au moment de notre mort et alors, comme dans un rêve, nous entendrons Vajrayogini et sa suite de dakinis nous appeler et nous inviter à venir dans son pays pur. Vajrayogini nous guidera de cette manière à travers la mort et l’état intermédiaire et nous conduira au Pays Pur des Dakinis.
Il est dit que même les êtres les moins fortunés qui n’atteignent pas le Pays Pur des Dakinis dans l’état intermédiaire y seront menés par Vajrayogini au cours des sept vies suivantes. Même si ces pratiquants se retrouvent dans l’enfer le plus profond, Vajrayogini bénira leur esprit et fera mûrir les actions vertueuses qu’ils avaient accumulées précédemment. De cette manière, ils seront délivrés de l’enfer et guidés directement au Pays Pur des Dakinis.
Aussi, en observant nos engagements avec pureté et en pratiquant avec sincérité ces instructions, nous pouvons atteindre le Pays Pur des Dakinis dans cette vie, dans l’état intermédiaire, ou certainement au cours des sept vies suivantes.
CES INSTRUCTIONS COMPRENNENT UNE PRATIQUE SPÉCIALE DU MANDALA DU CORPS
Les mandalas du corps ne font pas partie des pratiques de toutes les déités. Une pratique qui contient un mandala du corps est plus profonde qu’une pratique qui n’en contient pas, et le mandala du corps le plus profond est celui de Vajrayogini.
CES INSTRUCTIONS COMPRENNENT UN YOGA DE L’INCONCEVABILITÉ NON COMMUN
Le yoga de l’inconcevabilité non commun est une méthode spéciale, unique à la pratique de Vajrayogini, grâce auquel nous pouvons atteindre le Pays Pur des Dakinis au cours de cette vie sans abandonner notre corps actuel.
NOUS POUVONS PRATIQUER L’ÉTAPE DE GÉNÉRATION ET L’ÉTAPE D’ACCOMPLISSEMENT EN MÊME TEMPS
Dans des pratiques comme celles de Yamantaka et de Gouhyasamadja, les pratiquants ne peuvent méditer sur l’étape d’accomplissement qu’après avoir obtenu l’expérience de l’étape de génération, mais dans la pratique de Vajrayogini, nous pouvons nous entraîner aux méditations de l’étape d’accomplissement, et même obtenir certaines réalisations de l’étape d’accomplissement, pendant que nous sommes encore en train de nous entraîner à l’étape de génération.
CES INSTRUCTIONS CONVIENNENT TOUT PARTICULIÈREMENT À CEUX QUI ONT UN FORT ATTACHEMENT DÉSIRANT
En général, ceux qui ont un fort attachement désirant ont des difficultés à pratiquer le dharma, mais il n’en est pas de même avec la pratique de Vajrayogini. Dans le monde entier, il existe d’innombrables émanations de Hérouka et de Vajrayogini qui se manifestent sous la forme d’hommes et de femmes ordinaires. Ces émanations aident les pratiquants purs de Vajrayogini à transformer leur attachement désirant en voie spirituelle. Si de tels pratiquants observent consciencieusement leurs engagements et pratiquent les onze yogas avec foi, ils finiront par rencontrer une émanation de Vajrayogini qui se manifestera sous la forme d’une femme ou d’un homme attirant. En faisant naître l’attachement désirant chez ce pratiquant, cette émanation bénira ses canaux, vents et gouttes. Puis, en entrant en union avec l’émanation, le pratiquant pourra transformer son désir en grande félicité spontanée. Avec cet esprit qui donne la félicité, le pratiquant méditera sur la vacuité et éliminera finalement toutes les perturbations mentales, y compris l’attachement désirant. De cette manière, il atteindra rapidement la pleine illumination. Tout comme un feu produit par du bois consume finalement le bois qui le produit, la félicité tantrique développée à partir de l’attachement désirant consume finalement l’attachement désirant qui lui a donné naissance. Cette méthode habile pour transformer l’attachement désirant en voie spirituelle a été adoptée par des maîtres tels que Ghantapa et Tilopa.
L’essence de la pratique du tantra yoga supérieur consiste à générer la grande félicité spontanée et à utiliser cette félicité pour méditer sur la vacuité. Nous atteignons la grande félicité spontanée en rassemblant les vents intérieurs dans le canal central grâce à la méditation de l’étape d’accomplissement. Les canaux, gouttes et vents de notre corps doivent être bénis par les déités pour que la méditation de l’étape d’accomplissement puisse réussir. Nous accomplissons cela grâce à la pratique de l’étape de génération.
CES INSTRUCTIONS CONVIENNENT PARTICULIÈREMENT POUR CES TEMPS DÉGÉNÉRÉS
La pratique de Vajrayogini apporte rapidement des bénédictions, tout particulièrement au cours de cette époque spirituellement dégénérée. Il est dit que lorsque le niveau général de spiritualité décline, il devient de plus en plus difficile aux pratiquants de recevoir les bénédictions des autres déités, mais c’est le contraire qui se passe avec Vajrayogini et Hérouka ? plus les temps sont dégénérés, plus il est facile aux pratiquants de recevoir leurs bénédictions.
Chaque fois que Vajradhara a enseigné un tantra, il a émané le mandala qui y était associé, mais après avoir terminé le discours, il réabsorbait habituellement le mandala. Par exemple, quand il a enseigné le Tantra racine de Kalatchakra, il a émané le mandala de Kalatchakra, et quand il eut fini, il l’a réabsorbé. Il n’a toutefois pas réabsorbé les mandalas de Hérouka ou de Vajrayogini. Ces mandalas existent toujours en divers endroits à travers ce monde, tels que dans les vingt-quatre places saintes. Grâce à cela, les êtres humains de ce monde ont une relation spéciale avec Hérouka et Vajrayogini, et peuvent rapidement recevoir leurs bénédictions. De plus, dans le Tantra racine de Hérouka, Vajradhara a promis qu’à l’avenir, quand les temps seraient spirituellement dégénérés, Hérouka et Vajrayogini accorderaient leurs bénédictions à ceux qui ont un fort attachement.
En général, quand le nombre des gourous de la lignée de la pratique d’une déité augmente, les bénédictions de cette déité prennent plus de temps pour parvenir aux pratiquants, mais plus les gourous de la lignée de Hérouka et de Vajrayogini sont nombreux, plus vite les pratiquants reçoivent les bénédictions.
LE MANTRA DE VAJRAYOGINI A DE NOMBREUSES QUALITÉS SPÉCIALES
Dans le Tantra racine de Hérouka, Vajradhara dit que nous pouvons obtenir des accomplissements rien qu’en récitant le mantra de Vajrayogini, et cela même avec une faible concentration. De nos jours, cela est impossible en récitant les mantras des autres déités. Nous devons toutefois avoir une très grande foi en Vajrayogini et en son mantra pour pouvoir obtenir des réalisations en ne récitant que le mantra.
Si nous réfléchissons profondément aux bienfaits et aux qualités spéciales de ces instructions, nous réaliserons que l’opportunité que nous avons maintenant de les étudier et de les mettre en pratique est très précieuse. Nous générerons un grand sentiment de joie qui nous donnera une grande confiance en ces instructions et qui nous encouragera à les mettre en pratique.
BIOGRAPHIES DE PRATIQUANTS BOUDDHISTES DU PASSÉ QUI ONT OBTENU DES RÉALISATIONS EN PRATIQUANT CES INSTRUCTIONS
De nombreuses personnes ont atteint les accomplissements les plus élevés grâce à la pratique de Vajrayogini. Des quatre-vingt-quatre mahasiddhas de l’Inde ancienne, beaucoup obtinrent leurs accomplissements grâce aux pratiques de Hérouka et de Vajrayogini, et de nombreux tibétains ont aussi obtenu des réalisations semblables depuis l’époque où ces tantras ont été introduits au Tibet. Il est toujours possible d’imiter ces pratiquants et d’accomplir les mêmes réalisations.
Ici, vont suivre les brèves biographies de cinq grands pratiquants qui ont été spécialement protégés et guidés par Vajrayogini et qui, en résultat, sont parvenus au Pays Pur des Dakinis.
LOUYIPA
Louyipa fut un grand mahasiddha indien qui s’en est remis à Hérouka et Vajrayogini. Un jour, le dixième jour du mois, il est allé dans un charnier pour méditer. Quand il y arriva, il vit un groupe d’hommes et de femmes qui pique-niquaient. Une des femmes lui donna un morceau de viande et lorsqu’il le mangea son esprit fut béni et instantanément purifié de l’apparence ordinaire. Il eut une vision de Hérouka et de Vajrayogini, et réalisa que les hommes et les femmes étaient en réalité des héros et des héroïnes. Sa pratique pure antérieure de Vajrayogini avait fait que Vajrayogini se manifesta sous la forme d’une femme qui lui offrit de la viande. De cette manière, Vajrayogini l’a aidé à atteindre à la fois les Pays Purs extérieur et intérieur des Dakinis.
GHANTAPA
Le mahasiddha Ghantapa vivait tout au fond d’une forêt à Odivisha (aujourd’hui Orissa), en Inde, où il se mit à pratiquer intensément les méditations sur Hérouka et Vajrayogini. Puisqu’il vivait dans un endroit aussi isolé, sa nourriture était pauvre et il n’avait plus que la peau sur les os. Un jour, le roi d’Odivisha alla chasser dans la forêt et il rencontra Ghantapa. Voyant sa maigreur et sa faiblesse, il lui demanda pourquoi il vivait dans la forêt et mangeait aussi peu, et il l’encouragea à retourner avec lui en ville où il pourrait lui donner à manger et un abri. Ghantapa lui répondit que tout comme un grand éléphant ne pouvait pas être mené hors de la forêt avec un fil fin, lui-même ne pouvait être tenté de quitter la forêt par les richesses d’un roi. Mis en colère par le refus de Ghantapa, le roi retourna au palais en menaçant de se venger.
La colère du roi était telle qu’il fit venir un certain nombre de femmes de la ville et qu’il leur parla du moine arrogant de la forêt. Il promit d’offrir de grandes richesses à celle qui arriverait à le séduire et à le forcer à rompre son vœu de célibat. Une des femmes, une vendeuse de vin, se vanta de pouvoir y parvenir, elle alla donc dans la forêt pour chercher Ghantapa. Finalement, elle le trouva et lui demanda si elle pouvait être sa servante. Ghantapa n’avait nul besoin d’une servante, mais il réalisa qu’ils avaient une forte relation venant de leurs vies antérieures, il lui permit donc de rester. Il lui donna des instructions spirituelles et des transmissions de pouvoir et ils s’engagèrent avec sincérité dans la méditation. Après douze ans, ils atteignirent tous les deux l’union au-delà de l’étude, la pleine illumination.
Un jour, Ghantapa et l’ancienne vendeuse de vin décidèrent d’aller encourager les habitants de la ville à développer un plus grand intérêt pour le dharma. Dans ce but, la femme alla voir le roi et lui dit qu’elle avait séduit le moine. Au début, le roi ne crut pas à son histoire, mais il fut ravi de l’entendre quand elle lui expliqua qu’elle avait eu deux enfants de Ghantapa, un fils et une fille, et il lui dit d’amener Ghantapa en ville un jour déterminé. Puis, il fit une proclamation qui dénigrait Ghantapa et ordonna à ses sujets de se réunir le jour convenu pour insulter et humilier le moine.
Le jour venu, Ghantapa et la femme quittèrent la forêt avec leurs enfants, le fils se tenant à droite de Ghantapa et la fille à gauche. En entrant en ville, Ghantapa marchait comme s’il était saoul et il tenait un bol dans lequel la femme versait du vin. Tous les habitants qui s’étaient réunis riaient, se moquaient de lui, vociféraient des injures et l’insultaient. « Il y a longtemps » raillèrent-ils « notre roi t’avait invité à venir en ville, mais toi, tu as refusé son invitation par arrogance. Aujourd’hui, tu viens ici saoul avec une vendeuse de vin. Quel mauvais exemple de Bouddhiste et de moine ! » Lorsqu’ils eurent fini, Ghantapa sembla se mettre en colère et jeta son bol par terre. Le bol s’enfonça sous terre, fendant le sol et il en jaillit une source d’eau. Ghantapa se transforma immédiatement en Hérouka et la femme en Vajrayogini. Le garçon se transforma en un vajra que Ghantapa tenait dans sa main droite, et la fille en une cloche qu’il tenait dans sa main gauche. Ghantapa et sa parèdre s’embrassèrent alors et s’envolèrent dans le ciel.
Les habitants furent abasourdis et eurent immédiatement un profond regret pour leur manque de respect. Ils se prosternèrent devant Ghantapa, le suppliant de revenir, ainsi que l’émanation de Vajrayogini. Ghantapa et sa parèdre refusèrent, mais dirent aux gens que si leurs regrets étaient sincères, ils pourraient se confesser à Mahakarouna, la personnification de la grande compassion de Bouddha. Grâce aux profonds remords des habitants d’Odivisha et à la force de leurs prières, une statue de Mahakarouna apparut sortant de la source d’eau. Les habitants d’Odivisha devinrent des pratiquants du dharma très dévoués et un grand nombre d’entre eux obtint des réalisations. On peut encore voir la statue de Mahakarouna aujourd’hui.
Parce que Ghantapa avait pratiqué Hérouka et Vajrayogini avec pureté dans la forêt, Vajrayogini vit que le moment était venu de lui accorder ses bénédictions, et c’est ainsi qu’elle se manifesta sous la forme de la vendeuse de vin. En vivant avec elle, Ghantapa atteignit l’état du Pays Pur des Dakinis.
DARIKAPA
Le roi Darikapa était aussi l’un des quatre-vingt-quatre mahasiddhas. Il reçut des transmissions de pouvoir et des instructions sur Hérouka et Vajrayogini de Louyipa. Celui-ci prédit que si Darikapa abandonnait son royaume et faisait de grands efforts dans la pratique de Vajrayogini et de Hérouka, il atteindrait rapidement l’illumination. Darikapa quitta immédiatement son palais et erra de place en place comme mendiant, pratiquant la méditation dès qu’il en avait l’occasion. Dans une ville du sud de l’Inde, il rencontra une riche courtisane qui était une émanation de Vajrayogini. Cette femme était propriétaire d’une grande villa dans laquelle il travailla comme serviteur pendant douze ans. Durant la journée il effectuait des tâches domestiques autour et dans la maison, et la nuit venue, il pratiquait les instructions de Louyipa. Au bout de douze ans, il atteignit la cinquième étape de l’étape d’accomplissement, l’union nécessitant l’étude. Il est dit que Darikapa et l’ensemble de l’entourage de la courtisane, qui était composé de quatorze mille personnes, atteignirent tous le Pays Pur des Dakinis. C’est de cette manière que Darikapa fut guidé par Vajrayogini.
KOUSALI
Un moine novice appelé Kousali a également été sous la protection de Vajrayogini. Un jour, alors qu’il voyageait le long des rives du Gange, il rencontra une vieille lépreuse qui avait de grandes douleurs et qui voulait traverser le fleuve. Kousali fut envahi de compassion pour la femme. Il la prit sur son dos en l’attachant avec la partie supérieure de son habit et se mit à traverser le fleuve, mais alors qu’ils arrivaient à mi-parcours, la lépreuse se transforma en Vajrayogini et elle le conduisit au Pays Pur des Dakinis.
POURANG LOTSAWA
Pourang Lotsawa était un grand enseignant qui vivait près du monastère de Shiri dans l’ouest du Tibet et dont de nombreux étudiants étaient très avancés spirituellement. Quand il se rendit compte, grâce à divers signes, qu’il était prêt à atteindre le Pays Pur des Dakinis, il creusa une petite grotte dans le flanc d’une montagne où il comptait vivre en retraite solitaire. En entrant dans la grotte, au début de sa retraite, il proclama que les protecteurs du dharma devaient lui couper la gorge s’il quittait sa grotte avant d’avoir atteint le Pays Pur des Dakinis. Il dit à son assistant de sceller l’entrée de la grotte et de n’y laisser qu’un petit trou pour y faire passer la nourriture et la boisson.
Un yogi tantrique arriva quelque temps plus tard accompagné de huit femmes et il demanda à voir Pourang. L’assistant les renvoya, mais le soir venu, quand il parla de ces visiteurs à Pourang, celui-ci lui dit de ne renvoyer personne qui demanderait à le voir. Les visiteurs revinrent le jour suivant, l’assistant leur montra donc la grotte. Se doutant que ce n’étaient pas des gens ordinaires, il se mit à la recherche d’un endroit où il pourrait se cacher pour voir ce qui allait se passer, mais le temps qu’il trouve un bon endroit les visiteurs avaient déjà inexplicablement pénétré dans la grotte. L’assistant marcha à pas de loup jusqu’au petit trou situé dans le mur de la grotte et regarda. La grotte était pleine d’une lumière radieuse. Les huit femmes étaient assises sur une rangée, le yogi assis à un bout et Pourang à l’autre bout. Le yogi roulait des lettres en or qu’il donnait aux femmes. Celles-ci les donnaient à leur tour à Pourang qui semblait les manger. Pourang se rendit compte que l’assistant regardait par le trou et lui cria de s’en aller. L’assistant s’en alla immédiatement. Plus tard, alors qu’il revenait avec le dîner de Pourang, il le trouva assis seul, et aucun signe du yogi et des huit femmes. Cette même nuit, Pourang alla au Pays Pur de Vajrayogini.
Le lendemain matin, l’assistant apporta le petit déjeuner à Pourang, mais la grotte était vide. Bien qu’il fût convaincu que Pourang avait atteint le Pays Pur des Dakinis, il était tout de même effrayé à l’idée que les autres pouvaient le suspecter d’avoir fait disparaître Pourang. Pour dissiper de telles suspicions, il appela de nombreuses personnes et leur montra que le scellé de la grotte de Pourang n’avait pas été brisé. Bien que certaines personnes en furent convaincues et croyaient que Pourang avait atteint le Pays Pur des Dakinis, d’autres suspectèrent encore l’assistant de meurtre.
Pour résoudre l’affaire, on envoya un traducteur tibétain au Népal pour aller consulter un célèbre pratiquant de Vajrayogini qui avait de grands pouvoirs de clairvoyance. Une fois que le traducteur eut expliqué ce qui était arrivé à Pourang, le pratiquant népalais répondit que le jour de la disparition, alors qu’il méditait, il a vu grâce à sa clairvoyance que Pourang avait été invité au Pays Pur des Dakinis par un héros et huit héroïnes. Le héros était Hérouka et les huit héroïnes étaient les huit déesses des portes du mandala de Hérouka. En résultat de la pratique pure de Pourang, Hérouka et Vajrayogini étaient venus jusqu’à sa grotte et l’avaient emmené au Pays Pur des Dakinis.
De nombreux grands pratiquants de la tradition guéloug, tels que Takbou Tènpai Gyaltsän, Droubtchèn Tchö Dordjé, Tchangkya Rölpai Dordjé, et bon nombre de leurs disciples ont atteint le Pays Pur des Dakinis. De telles choses se produisent même de nos jours. Il y a quelques années par exemple, il y avait un laïc tibétain qui s’appelait Göntché qui vivait dans l’est du Tibet à un endroit appelé Tchatring. Il était de toute évidence un homme mauvais, il se battait et volait sans cesse, et il était toujours en train de commettre des actions négatives. L’invasion chinoise le contraignit finalement à fuir sa patrie. Un jour, pendant son voyage en exil, il vit un bateau occupé par trente soldats chinois qui traversaient une étendue d’eau. Il troua le bateau à coups de fusil, celui-ci sombra et tous les soldats se noyèrent. Lorsqu’il parvint finalement à la frontière du Népal, il se joignit à la résistance tibétaine.
Quelques années plus tard, devenu vieux, il fit un voyage à Dharamsala en Inde où il rendit visite à Kyabdjé Tridjang Rinpotché qui lui conseilla d’abandonner toutes les actions négatives et de se consacrer à la pratique spirituelle. À partir de ce jour, l’esprit de Göntché se mit à changer. Il eut un grand regret pour toutes ses mauvaises actions passées et fit la promesse de pratiquer le dharma avec sincérité. Tridjang Rinpotché donna, quelque temps plus tard, une transmission de pouvoir de Vajrayogini à un grand groupe de disciples et Göntché se trouvait parmi eux.
Tridjang Rinpotché conseilla à Göntché d’aller au Népal pour y faire une longue retraite sur Vajrayogini. Recevant une aide matérielle de sa famille et des conseils spirituels de certains guéshés qui vivaient là, Göntché entama sa retraite, mais il mourut au cours de celle-ci. Au moment de sa mort, de nombreuses personnes virent un arc-en-ciel au-dessus de sa hutte de méditation. Trois jours plus tard, il fut incinéré et cette fois-ci un arc-en-ciel apparut au-dessus du bûcher funéraire. Ces arcs-en-ciel ont été vus par les habitants de l’endroit tout comme par les moines qui s’étaient réunis pour prier pour lui. De grands lamas ont par la suite dit que les arcs-en-ciel étaient des signes que Vajrayogini avait conduit Göntché au Pays Pur des Dakinis alors qu’il se trouvait dans l’état intermédiaire.
De nombreuses pratiquantes de Vajrayogini ont également atteint l’illumination grâce à cette pratique. Ces récits des accomplissements de pratiquants du passé montrent la grande valeur de la pratique de Vajrayogini et ils sont une source d’inspiration pour notre propre pratique.
LES QUALIFICATIONS REQUISES POUR METTRE CES INSTRUCTIONS EN PRATIQUE
Nous devons avoir certaines qualifications avant de pouvoir mettre les deux étapes du tantra de Vajrayogini en pratique. Grâce à l’étude et à la pratique des étapes de la voie, lamrim, il faut au moins avoir obtenu une certaine expérience des trois principaux aspects de la voie : le renoncement, la bodhitchitta et la vue correcte de la vacuité. Ceux-ci sont parfois appelées les voies communes du soutra et du tantra. Une fois que nous avons bâti la fondation de l’expérience des voies communes, nous sommes qualifiés pour nous engager dans la voie spéciale du tantra. La transmission de pouvoir est la grande porte de la pratique tantrique. Avant de pouvoir nous engager dans la pratique de Vajrayogini, nous devons recevoir d’un maître tantrique qualifié la transmission de pouvoir de Hérouka, ainsi que la transmission de pouvoir de Vajrayogini dans son mandala-sindhoura. Ces transmissions de pouvoir placent des potentiels vertueux spéciaux dans notre conscience qui, lorsqu’ils sont nourris par une pratique spirituelle ultérieure, mûrissent finalement et deviennent les réalisations de l’étape de génération et de l’étape d’accomplissement. Au cours des transmissions de pouvoir, nous prenons certains vœux et engagements qui doivent être observés scrupuleusement. Sur cette base, si nous pratiquons continuellement les instructions de Vajrayogini avec sincérité, nous recevrons tous les bienfaits mentionnés plus haut.
LES QUATRE CAUSES SPÉCIALES QUI PERMETTENT D’OBTENIR RAPIDEMENT DES ACCOMPLISSEMENTS
Nous avons besoin de quatre causes spéciales pour obtenir rapidement les réalisations qui sont associées à la pratique de Vajrayogini. Ce sont :
1 Avoir une foi inébranlable
2 Avoir une sagesse qui surmonte les doutes et les inquiétudes concernant la pratique
3 Intégrer tout notre entraînement spirituel dans la pratique d’un yidam
4 Pratiquer en secret
Ne soyons pas découragés si après seulement quelques jours ou quelques mois d’efforts intenses, nous n’atteignons aucun résultat spécial. Il faut nous entraîner régulièrement avec une conviction inébranlable en les bienfaits de notre pratique. Il faut que notre pratique soit comme un large fleuve qui coule avec régularité et continuité.
Il faut avoir une compréhension claire des onze yogas de l’étape de génération et des méditations de l’étape d’accomplissement. En général, chaque fois que nous pratiquons le dharma, nous devons d’abord vaincre tous les doutes à propos des instructions que nous avons reçues et parvenir à des conclusions claires à leur sujet. En écoutant et en étudiant des instructions correctes et complètes, nous développons la sagesse qui vient de l’écoute, et grâce à notre réflexion sur le sens de ces instructions, nous développons la sagesse qui vient de la contemplation. Ce n’est qu’à ce moment-là que nous pouvons passer à la méditation en un seul point sur les conclusions auxquelles nous sommes parvenues.
Il est très important que notre concentration soit en un seul point lorsque nous sommes engagés dans la pratique du dharma. Si notre esprit est distrait durant notre pratique et que nous n’obtenons pas de réalisations, ce n’est pas la faute du dharma, de Bouddha ou de nos gourous. Même quand nous ne sommes pas engagés dans une méditation formelle, il faut être capables de concentrer clairement notre esprit sur tout objet vertueux de notre choix. Notre progrès sera entravé si notre esprit erre continuellement vers une multitude d’objets sans importance. Lorsque nous commencerons à contrôler notre esprit et que nous obtiendrons la capacité de le diriger selon notre volonté, nous obtiendrons des résultats dans notre méditation et nous ferons des progrès rapides sur la voie spirituelle. Notre esprit devrait être comme un excellent cheval bien entraîné qui est puissant, mais facile à contrôler et à diriger. Un tel cheval transportera son cavalier partout où il désire aller, alors qu’un cheval fougueux ne suivra que ses propres désirs sans tenir compte de ceux de son cavalier.
Une fois que nous pourrons diriger notre esprit sur un objet spécifique et rester concentrés sur lui, nous aurons un esprit bien contrôlé et notre vie ne sera pas gaspillée par les pensées distrayantes. Le succès n’arrive qu’en résultat d’une concentration en un seul point et ce même dans les activités mondaines. L’importance d’une forte concentration est donc primordiale pour le succès de la pratique du dharma. Dans le dharma, nous obtenons des réalisations seulement en pratiquant avec une concentration en un seul point, et cela n’est possible que si nous avons pleinement compris les instructions.
Djé Tsongkhapa a montré comment toutes les pratiques essentielles du tantra peuvent être incluses dans la sadhana d’un seul yidam, ou déité. En suivant les instructions de Djé Tsongkhapa, des enseignants composèrent par la suite la sadhana de Vajrayogini que nous pratiquons aujourd’hui. Lorsque nous pratiquons cette sadhana, nous pratiquons la signification essentielle de toutes les déités tantriques.
Notre progrès pour parvenir à des réalisations tantriques sera sérieusement entravé si nous passons continuellement d’une déité à une autre à cause de nos doutes et de notre insatisfaction. Il faut être comme un aveugle sage qui s’en remet totalement à un guide en qui il a confiance, plutôt que d’essayer de suivre plusieurs personnes à la fois. Il y a une analogie traditionnelle tibétaine qui illustre ce point. Les paysans tibétains avaient l’habitude de laisser paître leurs vaches librement durant la journée. Elles se mêlaient aux vaches des autres paysans, mais chaque soir, toutes les vaches retournaient à la bonne ferme. Si un aveugle voulait aller dans une ferme précise, tout ce qu’il avait à faire c’était de tenir la queue d’une vache de cette ferme. S’il agissait ainsi, il était certain d’arriver à la bonne ferme, mais s’il était passé d’une vache à l’autre, il aurait très vite été complètement perdu. De même, il est certain qu’en suivant de tout cœur la pratique d’une déité précise, nous atteindrons l’illumination, mais si nous continuons à passer de l’une à l’autre, nous ne parviendrons jamais à notre but, quels que soient les efforts que nous faisons.
Au cours de son séjour au Tibet, le maître bouddhiste indien Atisha rencontra le célèbre traducteur Lama Rintchèn Sangpo, et il fut très impressionné par sa connaissance du dharma. Un jour, Rintchèn Sangpo invita Atisha à lui rendre visite pour parler du dharma. Atisha savait que Rintchèn Sangpo était un très grand érudit et il lui dit : « Tu es un enseignant tellement merveilleux qu’il me semble inutile de rester au Tibet. » Rintchèn Sangpo lui montra alors ses quatre coussins de méditation et les quatre différents mandalas tantriques. Atisha lui demanda pourquoi il avait quatre coussins et quatre mandalas, et Rintchèn Sangpo répondit qu’il pratiquait tous les jours en quatre séances. La première séance, sur le premier coussin, était destinée à accomplir le mandala d’une déité du tantra de l’action ; la deuxième séance, sur le deuxième coussin, était destinée à accomplir le mandala d’une déité du tantra de la mise en action ; la troisième séance, sur le troisième coussin, était destinée à accomplir le mandala d’une déité du tantra yoga ; et la dernière séance, sur le quatrième coussin, était destinée à accomplir le mandala d’une déité du tantra yoga supérieur. Atisha lui demanda pourquoi il n’incorporait pas toutes ces pratiques de déité en une seule sadhana, en accomplissant les mandalas de toutes ces déités à l’intérieur du mandala d’une seule déité. Quand Rintchèn Sangpo lui demanda comment il pouvait le faire, Atisha s’exclama : « Oui, je dois rester au Tibet ! »
Atisha conseilla à Rintchèn Sangpo d’inviter toutes les autres déités, ainsi que leurs mandalas, lorsqu’il visualise le mandala de sa déité personnelle, afin qu’elles se dissolvent dans sa déité personnelle et son mandala. En maintenant la reconnaissance que sa déité personnelle était la synthèse de toutes les déités des quatre classes de tantra, il a pu mener à terme les pratiques de toutes les autres déités en menant à terme la pratique de sa déité personnelle. Atisha avait l’habitude de dire : « Certains d’entre-vous tibétains ont essayé d’accomplir une centaine de déités, mais vous n’avez pas réussi à obtenir une seule réalisation, alors que des bouddhistes indiens ont obtenu les accomplissements d’une centaine de déités en accomplissant la pratique d’une seule déité ».
Bien qu’il faille nous concentrer sur la pratique d’une déité précise, ne négligeons pas la pratique des autres déités si nous avons pris l’engagement de le faire. Pour les pratiquants qui se consacrent à la pratique de Vajrayogini, la considérant comme leur pratique principale, et qui s’efforcent d’obtenir les réalisations de les étapes de génération et d’accomplissement en se basant sur cette pratique, il existe une méthode spéciale pour observer leurs engagements vis-à-vis des autres déités. Cela implique que l’on comprenne que toutes les déités tantriques ont la même nature, elles ne diffèrent qu’en apparence. Supposons par exemple qu’un tel pratiquant a tous les jours, en plus de sa pratique quotidienne de Vajrayogini, les engagements de réciter les longues sadhanas de Hérouka, de Yamantaka et de Gouhyasamadja. S’il récite tous les jours les mots de toutes ces sadhanas, il n’aura que peu de temps pour inclure des méditations de qualité. Sa pratique tantrique sera essentiellement verbale, et bien qu’il puisse placer de nombreuses empreintes vertueuses dans son continuum mental, il n’obtiendra aucune expérience authentique de méditation et ainsi le but réel de sa pratique de déité sera perdu. C’est la raison pour laquelle de grands maîtres, tels que Atisha, Phabongkha Rinpotché et Kyabdjé Tridjang Rinpotché, conseillent aux pratiquants sérieux de Vajrayogini d’intégrer toutes leurs pratiques tantriques dans la sadhana de Vajrayogini en comprenant que toutes les déités tantriques ont la même nature, elles ne diffèrent qu’en apparence.
La signification essentielle des pratiques de toutes les déités du tantra yoga supérieur est la même ? transformer la mort, l’état intermédiaire et la renaissance ordinaires en les trois corps d’un bouddha. Cette transformation s’accomplit d’abord par l’imagination, en utilisant les méditations et les visualisations de l’étape de génération, puis réellement en contrôlant les vents, les gouttes et l’esprit subtils grâce à la méditation de l’étape d’accomplissement. Toutes les méthodes qu’il faut faire pour y parvenir sont contenues dans la pratique de Vajrayogini. En comprenant cela, les pratiquants qui ont des engagement devraient de tout cœur s’appliquer aux étapes de génération et d’accomplissement de Vajrayogini ; et savoir qu’en agissant ainsi, ils accomplissent le but réel de tous leurs engagements vis-à-vis des autres déités, même s’ils négligent de dire les mots des sadhanas des autres déités.
N’utilisons pas ce conseil comme une excuse pour être paresseux. Son but est de donner plus de temps aux pratiquants dévoués pour se concentrer sur la pratique de leur déité personnelle et obtenir ainsi les réalisations essentielles de toutes les pratiques des déités. Il vaut mieux que ceux qui ne sont pas encore capables de se dévouer de tout cœur à la pratique d’une déité tantrique précise continuent à réciter les mots de toutes les sadhanas pour lesquelles ils ont pris des engagements.
Les bénédictions que nous avons reçues au cours des transmissions de pouvoir seront gaspillées si nous ne cachons pas notre pratique tantrique aux autres. Parler ouvertement de nos expériences de méditation est une faute. Il se peut que nous générions en conséquence de l’attachement pour le respect et les éloges des autres. Un tel attachement à la réputation est un mara ? une interférence démoniaque ? et c’est un sérieux obstacle à la pratique pure du dharma et à l’accomplissement spirituel. Une bonne réputation peut nous aider à obtenir des richesses extérieures et des possessions, mais ces choses épuisent notre mérite et ce sont des obstacles pour obtenir les richesses intérieures que sont les réalisations pures du dharma.
L’accomplissement de la bodhitchitta, des six perfections et les réalisations des étape de génération et d’accomplissement sont notre richesse réelle. Ne gaspillons pas notre mérite dans des possessions extérieures. Comme le dit Shantidéva dans le Guide du mode de vie d’un bodhisattva :
Moi, qui cherche la libération, n’ai nul besoin de richesse ou de bonne réputation
Car elles ne font que m’enchaîner au samsara.
Il est utile de se rappeler fréquemment ces paroles. Soyons indifférents à la réputation tout en agissant selon le dharma. L’équilibre de notre esprit ne devrait pas être troublé par l’éloge ou la critique, le gain ou la perte. Si nous sommes attachés à ces choses, nous serons constamment distraits de notre pratique spirituelle. Nous gaspillerons notre énergie en essayant d’acquérir des biens et une bonne réputation, et quand nous échouerons dans nos tentatives, nous serons très découragés. C’est pour cela que les anciens enseignants kadampas et Djé Tsongkhapa avaient pour coutume de faire l’éloge des autres et de déclarer leurs propres fautes et limites.
Parler avec insouciance de ses expériences de méditation ou de sa pratique attire les entraves et les obstacles, tout comme parler de nos richesses en public attire les voleurs. Bien qu’il faille faire des efforts assidus dans notre pratique du tantra, il ne faut pas révéler notre pratique aux autres. Il n’y a que deux exceptions à cette règle : il faut nous confier à notre gourou, et nous pouvons discuter des aspects de notre pratique avec des amis qui sont engagés dans des pratiques similaires, à condition qu’ils aient la foi et observent leurs engagements avec pureté.
Si nous créons ces quatre causes spéciales et remplissons toutes les conditions nécessaires pour une pratique réussie, telles qu’elles ont été expliquées, il est certain que nous obtiendrons rapidement des réalisations grâce à la pratique des instructions de Vajrayogini.
Le Pays Pur extérieur des Dakinis est au-delà du monde de l’expérience ordinaire. C’est le Pays Pur de Bouddha Vajrayogini et de Bouddha Hérouka. Un pays pur est un monde qui est sans vraies souffrances. Il n’existe aucun endroit dans le samsara qui soit sans vraies souffrances, car l’environnement samsarique agit lui-même comme une condition pour faire l’expérience de la souffrance. Les êtres ordinaires naissent dans le samsara sans en avoir le choix et ils doivent continuellement faire l’expérience de l’insatisfaction et de la détresse. Toutefois, si nous purifions notre esprit, nous purifions notre expérience du monde et nous atteignons ainsi un pays pur sans aucune souffrance.
Il existe différents pays purs qui sont associés à différents bouddhas. Le Pays Pur des Dakinis est semblable aux Pays Purs de Toushita et de Soukhavati, sauf que le pays pur de Hérouka et de Vajrayogini est le seul dans lequel les êtres peuvent recevoir des enseignements sur le tantra yoga supérieur et les mettre en pratique.
Quand, guidés par Vajrayogini, ceux qui sont très vieux et infirmes parviendront à son pays pur, ils ne continueront plus à éprouver les souffrances de la vieillesse et de la maladie. Tous les signes de leur vieillesse disparaîtront et ils se transformeront en des jeunes gens et en des jeunes femmes de seize ans d’une grande beauté et d’une grande vitalité qui jouissent d’une durée de vie sans fin. Tous les plaisirs qu’ils désirent se manifesteront spontanément. Ils ne renaîtront plus jamais dans le samsara, sauf s’il l’ont choisi par compassion. Tous ceux qui parviennent à ce pays pur recevront directement des enseignements sur le tantra yoga supérieur de Hérouka et de Vajrayogini et atteindront ainsi rapidement l’illumination.
Le Pays Pur extérieur des Dakinis peut aussi être expliqué par rapport à l’expérience personnelle du pratiquant pris en tant qu’individu. De ce point de vue, nous atteignons le Pays Pur extérieur des Dakinis en menant à terme les pratiques de l’étape de génération de Vajrayogini. Au cours de notre entraînement à la méditation de l’étape de génération, nous visualisons notre corps en tant que corps pur de Bouddha Vajrayogini, notre environnement immédiat en tant que mandala de Vajrayogini et notre monde en tant que Pays Pur des Dakinis. Si nous nous engageons continuellement dans la pratique de l’étape de génération, alors les apparences ordinaires impures qui arrivent à notre esprit diminueront de manière graduelle et à la fin elles cesseront tout à fait. Une fois que nous aurons obtenu une réalisation ferme de l’étape de génération nous n’aurons plus que des apparences pures et notre monde se transformera en le Pays Pur des Dakinis. Le grand enseignant Ténpa Rabgyä a dit que le Pays Pur des Dakinis n’était pas un endroit éloigné et qu’il n’était pas nécessaire de quitter ce monde pour y parvenir.
Seul les pratiquants accomplis font l’expérience des apparences pures. Le soutra et le tantra acceptent généralement tous deux que le monde tel qu’il apparaît à notre esprit est faux, imparfait et insatisfaisant parce que notre esprit est impur ? pollué par les perturbations mentales et leurs empreintes. Le vénérable Maitreya dit dans L’ornement pour la claire réalisation que lorsque l’esprit des êtres sensibles devient entièrement pur, leur environnement devient un pays pur de bouddha.
On ne peut atteindre un pays pur qu’en purifiant son esprit. Aux autres, nous apparaîtrons encore comme un être ordinaire, impur, même lorsque nous aurons atteint le Pays Pur extérieur des Dakinis grâce à une réalisation ferme de l’étape de génération. Les personnes ordinaires ne peuvent pas se rendre compte qu’une personne se trouve dans un pays pur car elles ne peuvent pas percevoir le pays pur de cette personne et elles ne peuvent pas partager cette expérience. Quelqu’un demanda un jour à Milarépa dans quel pays pur il avait atteint l’illumination, et Milarépa montra sa grotte. Celui qui demandait ne put voir qu’une grotte froide et vide, mais cette grotte était un pays pur pour Milarépa.
Comme l’esprit des êtres ordinaires est impur, tout ce qui leur apparaît est perçu comme ordinaire. En tant qu’êtres ordinaires avec des apparences ordinaires, nous ne pouvons pas faire l’expérience d’une chose totalement pure et parfaite. Même une émanation de bouddha semble avoir pour nous des fautes. Nous nous percevons nous-mêmes et les autres comme imparfaits ? sujets aux fautes telles que la maladie et la vieillesse ? parce que nous avons des apparences ordinaires.
Selon les enseignements du Soutra, la racine du samsara est la saisie du soi et les perturbations mentales qui en sont issues. Toutefois, selon les enseignements du mantra secret, ce sont les apparences ordinaires et les conceptions ordinaires qui sont la racine du samsara. La saisie du soi que reconnaissent les pratiquants du soutra n’est qu’une conception ordinaire grossière.
Dans ce contexte, chaque être vivant qui n’est pas un bouddha et chaque environnement, chaque plaisir ou chaque corps qui n’est pas celui d’un bouddha, est ordinaire. Les perceptions de ces objets en tant qu’objets ordinaires à cause d’un esprit impur sont des apparences ordinaires et l’esprit qui conçoit les objets de cette manière est une conception ordinaire. Selon les enseignements du mantra secret, les apparences ordinaires sont des obstructions à l’omniscience et les conceptions ordinaires des obstructions à la libération. Les apparences ordinaires et les conceptions ordinaires ont de nombreux niveaux de subtilité.
L’un des principaux objectifs de la pratique de la méditation de l’étape de génération est de surmonter les apparences ordinaires et les conceptions ordinaires. Nous pouvons surmonter les apparences ordinaires en développant l’apparence claire d’être Vajrayogini, et nous pouvons surmonter les conceptions ordinaires en développant la fierté divine d’être Vajrayogini.
Nous faisons l’expérience d’un cycle sans fin de mort ordinaire, d’état intermédiaire ordinaire et de renaissance ordinaire à cause de nos apparences ordinaires et de nos conceptions ordinaires. Ce cycle sans f
