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Le joyau du cœur

Les pratiques essentielles du bouddhisme kadampa

Format: Couverture rigide
ISBN: 978-2-913717-15-2
Détail: 232 pages, 1ère édition janvier 2005
Prix: 15.00 €  
 
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Couverture rigide

Chapitre1 - Introduction

Le commentaire de la sadhana Le joyau du cœur se divise en trois parties :
  1. Les instructions sur le gourou yoga de Djé Tsongkhapa selon la lignée ségyou
  2. S'en remettre au protecteur du dharma
  3. Dédicace
Les instructions sur le gourou yoga de Djé Tsongkhapa, selon la lignée ségyou, sont présentées en deux parties :
  1. Introduction
  2. La pratique proprement dite des instructions
L'introduction comprend trois parties :
  1. Djé Tsongkhapa
  2. L'histoire et la lignée des instructions
  3. Les bienfaits de cette pratique
DJÉ TSONGKHAPA

Dans le Tantra racine de Mandjoushri, Bouddha Shakyamouni a prédit que Mandjoushri se manifesterait plus tard sous la forme de Djé Tsongkhapa :

Après ma mort,
Quand la pureté de ma doctrine aura disparu,
Tu apparaîtras sous la forme d'un être ordinaire,
Tu accompliras les actions d'un bouddha
Et tu établiras le Pays Joyeux, le grand protecteur,
Dans le Pays des Neiges.

Ce verset nous révèle les qualités exceptionnelles de Djé Tsongkhapa. La troisième ligne explique que, bien qu'étant un être illuminé, une manifestation du Bouddha de la Sagesse Mandjoushri, Djé Tsongkhapa n'est pas apparu sous la forme de quelqu'un d'exceptionnel, au contraire il apparaissait toujours sous l'aspect d'un pratiquant ordinaire. En particulier, il ne montra jamais ses pouvoirs miraculeux ni sa clairvoyance en public, et il encouragea ses disciples à suivre son exemple en ne révélant jamais les pouvoirs spéciaux qu'ils avaient pu atteindre.

Au lieu de montrer ses pouvoirs miraculeux, Djé Tsongkhapa a surtout travaillé pour établir un bouddhadharma pur dans tout le Tibet. En donnant des enseignements et en montrant un bon exemple, il a guidé de nombreux êtres jusqu'à ce qu'ils obtiennent des réalisations pures et authentiques du soutra et du tantra. Voilà la signification de la quatrième ligne du verset.

« Le Pays Joyeux » dans la cinquième ligne est le nom du Pays Pur de Bouddha Maitreya, appelé « Toushita » en sanscrit, ou « Gandèn » en tibétain. C'est l'endroit où Djé Tsongkhapa est allé après sa mort. Au cours de sa vie, Djé Tsongkhapa a fondé au Tibet un grand monastère appelé le « monastère de Gandèn » et il a fait connaître dans tout le Tibet une doctrine pure qui a été appelée par la suite la « doctrine gandèn ». Cette doctrine est un bouddhadharma pur et exceptionnel, issue de la sagesse de Mandjoushri. Elle est appelée « le grand protecteur » parce qu'elle protège tous les êtres vivants de l'océan de souffrances du samsara. Tout cela indique que Djé Tsongkhapa est une manifestation de Bouddha Maitreya, le protecteur des centaines de déités du Pays Joyeux. Aujourd'hui, la tradition de Djé Tsongkhapa est appelée la « tradition guéloug » ou « tradition vertueuse » et ses adeptes sont appelés les « guélougpas », mais le nom initial de « gandèn » vient de Bouddha Shakyamouni. Voilà la signification de la cinquième ligne.

Djé Tsongkhapa est apparu au Tibet, le Pays des Neiges, comme Bouddha l'avait prédit. Il y vécut de 1357 à 1419. À sa naissance, une goutte du sang de sa mère tomba à terre et, par la suite, un arbre de santal blanc à cent mille feuilles poussa à cet endroit. Sur chacune des feuilles apparut une image de Bouddha Sènghéi Ngaro qui est le même continuum mental que Bouddha Mandjoushri. Cela indique que l'enfant était une manifestation de Mandjoushri. Plus tard, le troisième Dalaï Lama, Sönam Gyatso, déclara que cet arbre précieux était un objet d'offrandes et de respect, et il le mit dans un monastère non loin de là, où il le plaça à l'intérieur d'un stoupa en argent avec beaucoup de pierres précieuses, et lui fit de riches offrandes. Ce monastère devint connu sous le nom de « monastère de Koumboum » ou « le monastère des cent mille images ». Par la suite, d'autres arbres semblables poussèrent autour du stoupa et leurs feuilles portaient également des images extraordinaires. Sur certaines apparurent les lettres du mantra de Mandjoushri AH RA PA TSA NA DHI et sur d'autres la lettre-graine de Mandjoushri, la lettre DHI. On considérait que ces feuilles étaient très précieuses, et lorsqu'elles tombaient en automne, les gens les ramassaient et les réduisaient en poudre. De nombreux malades furent guéris et purent faire grandir leur sagesse en goûtant cette poudre.

En étant un exemple parfait, Djé Tsongkhapa a montré comment établir la fondation de la voie spirituelle, comment progresser sur elle et comment la mener à terme. Il a tout d'abord étudié la totalité du dharma du soutra et du tantra en s'en remettant avec sincérité à ses guides spirituels, puis il a mis tout ce savoir en pratique et a montré l'accomplissement de toutes les réalisations, depuis s'en remettre à son guide spirituel jusqu'à l'union au-delà de l'étude, ou bouddhéité. Depuis lors, des milliers de pratiquants ont atteint le bonheur ultime de la bouddhéité en l'espace d'une seule vie, en suivant l'exemple de Djé Tsongkhapa et en mettant ses enseignements en pratique avec sincérité. Les pratiquants fidèles qui suivent le dharma pur de Djé Tsongkhapa peuvent accomplir ces résultats, même aujourd'hui.

Si, au lieu de donner des enseignements et de montrer un exemple pur, Djé Tsongkhapa avait surtout montré ses propres qualités en dévoilant ses pouvoirs miraculeux et d'autres formes de clairvoyance, nous n'aurions reçu aucun bienfait de ses actions. Ce dont nous avons besoin, ce n'est pas d'être témoin de pouvoirs miraculeux, mais d'avoir un exemple qui montre avec clarté comment entrer dans une voie spirituelle qui est sans erreur, comment pratiquer cette voie avec douceur et dans le confort, et comment réussir à la mener à terme. C'est cette méthode qui nous permet de résoudre nos problèmes quotidiens. Puisque Djé Tsongkhapa nous a précisément donné un tel exemple, reconnaissons son immense bonté et ayons en lui une foi inébranlable, ainsi qu'un grand respect.

Djé Guèndoundroub, le premier Dalaï Lama, a écrit une louange spéciale à Djé Tsongkhapa, appelée Chant de la montagne enneigée de l'est, ou Shargangrima en tibétain. Dans ce chant, il dit à Djé Tsongkhapa :

Pour le peuple fortuné du Tibet, le Pays des Neiges, ta bonté, ô protecteur, est inconcevable.
En particulier pour moi, Guèndoundroub, un être
indolent,
Le fait que mon esprit se soit dirigé vers le dharma
N'est dû qu'à votre bonté, ô vénérables Père et Fils.
À partir de maintenant et jusqu'à ce que j'atteigne l'illumination,
Je ne chercherai pas d'autre refuge que vous.
Ô vénérables Père et Fils, par votre compassion,
S'il vous plaît prenez soin de moi.

Bien que je ne puisse rendre ta bonté, ô protecteur,
Je prie afin de faire tous les efforts pour maintenir ta doctrine et la faire s'épanouir,
En gardant un esprit libre de l'influence de l'attachement et de la haine,
Et de ne jamais abandonner cette tâche.

Le simple fait de visualiser Djé Tsongkhapa avec foi est une puissante méthode pour recevoir les bénédictions de tous les bouddhas et, si notre foi est grande, simplement garder une statue de Djé Tsongkhapa dans notre maison fera de ce lieu un environnement saint et nous serons protégés de la pauvreté.

Lorsque Djé Tsongkhapa mourut, tout le pays fut accablé de douleur à la perte de son précieux enseignant. Non seulement les tibétains ne pouvaient plus le voir directement, mais puisqu'il n'existait que très peu de représentations de lui, la plupart des gens étaient même dans l'incapacité de voir son image. À cause de cela, de nombreux artistes se mirent à sculpter des statues et à peindre des thangkhas à son image. Djé Tsongkhapa n'avait pas de son vivant dévoilé publiquement ses pouvoirs miraculeux, mais il fit par contre beaucoup de miracles après sa mort, par l'intermédiaire de ces statues et thangkhas. Par la suite, il y eut huit statues en particulier qui devinrent très célèbres. Elles sont connues sous le nom de :

(1) Djé shé par ma (L'Être Vénérable qui a Disparu avec un Sourire)
(2) Djé nga dra ma (L'Être Vénérable qui a une Meilleure Ressemblance)
(3) Djé shèn pän ma (L'Être Vénérable qui est plus Bénéfique aux Autres)
(4) Djé kou thim ma (L'Être Vénérable qui s'est Dissous dans le Corps)
(5) Djé nam pour ma (L'Être Vénérable qui s'Élevait dans l'Espace)
(6) Djé tsong pön guélèk ma (Le Vénérable Marchand Chef Guélèk)
(7) Djé tsö dog ma (L'Être Vénérable qui Pacifie les Conflits)
(8) Djé ling pour ma (L'Être Vénérable Parti pour un Autre Pays)

L'histoire de la première statue est la suivante. À un certain moment, un humble pratiquant a essayé sans succès de trouver une statue de Djé Tsongkhapa pour sa retraite. Alors, au cours de sa retraite il a façonné une petite statue qu'il a placée sur son autel. Pour lui, cette statue était Djé Tsongkhapa en personne et, chaque jour, avant de commencer sa méditation, il faisait des offrandes et des prosternations devant elle. Un jour, alors qu'il sortait de sa méditation, il remarqua que la statue était en train de fondre lentement en lumière. Pendant qu'il la regardait, la statue se mit soudain à sourire et, s'élevant dans l'espace, disparut complètement. Le méditant fut étonné et eut du mal à croire ce qu'il venait de voir. Après y avoir longuement réfléchi, il décida d'aller voir son enseignant pour lui raconter ce qui s'était passé. Son enseignant fut ravi et lui dit de faire une autre statue identique à la précédente. C'est ce qu'il fit, et c'est cette statue qui a été appelée par la suite « L'Être Vénérable qui a Disparu avec un Sourire ».

La deuxième et la troisième statues furent sculptées par deux artistes qui s'étaient engagés dans une joute amicale pour voir lequel des deux était le plus doué pour faire des statues. Ils montrèrent leurs deux statues à un grand lama pour qu'il les départage. Alors que le lama était en train de les examiner avec un esprit plein de foi, l'une des statues se mit à parler et dit : « Ma ressemblance est meilleure. » Puis, l'autre statue rétorqua : « Mais je suis plus bénéfique aux autres. » Voilà comment ces deux célèbres statues ont reçu leur nom.

La quatrième statue fut nommée d'après celle qui appartenait à un pratiquant, appelé Nyoungnä Lama, dont la principale pratique était le gourou yoga de Djé Tsongkhapa. Il gardait toujours une statue de Djé Tsongkhapa sur son autel et la considérait comme Djé Tsongkhapa en personne. Tous les jours, il pratiquait le gourou yoga, depuis la prise de refuge jusqu'à la dissolution de Gourou Tsongkhapa en son cœur. Il pratiquait avec une telle sincérité que son cœur devint très pur et qu'il atteignit une expérience spéciale de concentration. Un jour, alors qu'il visualisait Djé Tsongkhapa se dissolvant dans son cœur, il sentit que sa statue se dissolvait effectivement en lui et, lorsqu'il sortit de sa méditation, la statue qui se trouvait sur l'autel avait complètement disparu. Après cela, il atteignit rapidement de nombreuses réalisations de haut niveau. À la nouvelle de cet événement l'artiste qui avait sculpté cette statue devint très célèbre. Plus tard, il fit une autre statue de Djé Tsongkhapa à laquelle il donna le nom « L'Être Vénérable qui s'est Dissous dans le Corps ».

La cinquième statue appartenait à un monastère où souvent un pratiquant particulièrement sincère la voyait s'élever dans l'espace, pour revenir ensuite se poser à sa place sur l'autel. À cause de cela, la statue a été appelée « L'Être Vénérable qui s'Élevait dans l'Espace ».

La sixième statue a été faite par un ministre du gouvernement qui était un fidèle disciple de Djé Tsongkhapa, et c'est Djé Tsongkhapa lui-même qui l'a bénie. Quoi qu'il en soit, un jour, une personne malveillante vola cette statue par jalousie et, l'ayant emportée loin de là, la jeta dans un fleuve. Quelque temps plus tard, un marchand important, appelé Guélèk, voyageait à cheval dans cette région quand il vit un arc-en-ciel vivement coloré qui se tenait verticalement dans l'espace, émergeant apparemment du lit du fleuve. Pensant que c'était un signe inhabituel, il décida de passer la nuit près de là. Le lendemain matin, l'arc-en-ciel était toujours là, aussi décida-t-il de poursuivre son investigation. Les gens de la localité ne voyaient rien dans le fleuve, mais Guélèk n'en fut pas convaincu. S'assurant avec des cordes, il entra dans le fleuve glacé et plongea jusqu'au fond. Là, il trouva la statue de Djé Tsongkhapa qui émettait les lumières vivement colorées d'un arc-en-ciel. Lorsqu'il refit surface, les spectateurs furent étonnés de voir qu'il ne s'était pas noyé et encore plus étonnés de voir la précieuse statue qu'il tenait. Puisque c'est le marchand chef Guélèk qui a retrouvé la statue, elle a par la suite été appelée « Le Vénérable Marchand Chef Guélèk ».

La septième statue vient d'une partie du Tibet oriental où à une époque il y eut une longue guerre civile. La population locale désirait ardemment que les combats cessent, ils allèrent donc voir un lama qui vivait non loin de là et avait la réputation d'être un grand méditant. Ils lui demandèrent ce qu'ils devaient faire. Il leur dit de fabriquer une grande statue de Djé Tsongkhapa dans leur ville et de faire des offrandes et des requêtes devant elle. C'est ce qu'ils firent. Peu de temps après les combats cessèrent et la paix régna dans toute la région. Cette statue fut appelée plus tard « L'Être Vénérable qui Pacifie les Conflits ».

La huitième statue fut nommée d'après une statue très révérée de Djé Tsongkhapa qui disparut mystérieusement du Tibet. Des pratiquants purs comprirent grâce à leur clairvoyance que la statue était partie dans un pays très lointain, où des diamants jonchent la terre et où la langue et les coutumes sont complètement différentes. Ils comprirent également que la statue était bénéfique aux habitants de ce pays, ils décidèrent donc de faire une autre statue identique qu'ils appelèrent « L'Être Vénérable Parti pour un Autre Pays ».

Des miracles tels que ceux-ci ne se limitent pas aux temps anciens. Même aujourd'hui, il existe de nombreuses statues et d'autres représentations de Djé Tsongkhapa qui possèdent des qualités remarquables. Par exemple, il y avait un guéshé, appelé Guéshé Djatsé, que je connaissais bien lorsque je vivais au monastère de Séra au Tibet. Après avoir terminé son entraînement de guéshé, il se retira dans une grotte dans la montagne pour faire une retraite. Il y resta jusqu'à la fin de ses jours, en vivant exactement comme Milarépa. Lorsqu'il mourut, ses nombreux disciples, ainsi qu'un grand nombre de curieux, allèrent jusqu'à la grotte pour lui rendre hommage et, à leur grande surprise, ils virent que des cheveux et des dents avaient poussé sur la statue de Djé Tsongkhapa de Guéshé Djatsé. Ce récit me vient directement de ses disciples, dont certains m'étaient bien connus.

Mon premier enseignant de philosophie au monastère de Ngamring Djampaling s'appelait Guéshé Paldèn. À un moment donné, il fit une longue retraite d'approche sur Djé Tsongkhapa en comptant les prières Migtséma. À la fin de sa retraite, une image de Djé Tsongkhapa apparut sur l'une des boules de son mala. Il me la montra et je la vis très distinctement.

Il existe beaucoup d'autres histoires semblables à celles-ci qui montrent que, même en ces temps impurs, les pratiquants pleins de foi peuvent recevoir de continuelles bénédictions de Djé Tsongkhapa.

L'HISTOIRE ET LA LIGNÉE DES INSTRUCTIONS

Selon la lignée ségyou, c'est Bouddha Mandjoushri qui a enseigné en premier le gourou yoga de Djé Tsongkhapa. Ce gourou yoga faisait partie d'un texte spécial appelé L'écriture d'émanation kadam. Djé Tsongkhapa l'a lui-même extrait de ce texte. Aujourd'hui, cette pratique est appelée Gandèn lhagyäma en tibétain, ou Les centaines de déités du Pays Joyeux en français. Elle tire son nom du premier verset, dans lequel nous invitons Djé Tsongkhapa à descendre du cœur de Bouddha Maitreya, qui est connu pour être le « Protecteur des centaines de déités du Pays Joyeux ».

Djé Tsongkhapa a transmis cette instruction à Djé Shérab Sènghé, l'un de ses principaux disciples. Djé Shérab Sènghé est né dans une région du nord du Tibet, appelée Tsang. C'était un érudit et un maître de méditation très saint qui avait des milliers de disciples, dont Djé Guèndoundroub, le premier Dalaï Lama. Il était le tenant de la lignée des enseignements tantriques de Djé Tsongkhapa et, comme l'avait prédit Djé Tsongkhapa, il fonda le collège tantrique Gyoumä dans le centre du Tibet et le collège tantrique Ségyou dans le nord du Tibet.

Djé Shérab Sènghé a transmis cette instruction à Doulnagpa Paldèn Sangpo, l'un de ses principaux disciples. Paldèn Sangpo est également né dans la région de Tsang, dans une ville appelée Tanagdo près du monastère de Tashilhounpo et il a été ordonné au monastère de Narthang. Après avoir reçu cette instruction, il la pratiqua avec sincérité et en résultat obtint des réalisations spirituelles très élevées. Il a pu aider et guérir de nombreux malades atteints de maladies graves et il pacifia leurs obstacles grâce à des actes de guérison effectués en conjonction avec la prière Migtséma.

D'une manière générale, les esprits, appelés « esprits béhars », font du mal à un grand nombre de personnes. Ces esprits entrent dans leur corps et les rendent fous, interférant dans leur développement spirituel, ou provoquant leur mort prématurée. Un jour, alors que Paldèn Sangpo faisait une retraite sur la prière Migtséma dans un endroit appelé Säpou, un esprit béhar commença à faire du mal à une riche famille qui vivait non loin de là. Beaucoup de leurs proches avaient déjà été tués par de tels esprits, et maintenant cet esprit essayait d'entrer dans le corps du fils de la famille. Les membres de la famille étaient très inquiets, ils supplièrent Paldèn Sangpo de faire en sorte que l'esprit cesse de faire du mal à leur fils. Paldèn Sangpo accepta leur requête et donna au père un certain nombre de boules du mala dont il s'était servi pendant sa récitation du Migtséma. Il lui dit : « Quand l'esprit entrera dans le corps de ton fils, mets immédiatement une boule à chaque issue de ta maison. Il se peut que l'esprit se mette à crier de terreur. Si cela se produit, appelle-moi. » Le père fit exactement ce que Paldèn Sangpo lui avait dit et piégea ainsi l'esprit dans sa maison. L'esprit fut terrifié et cria : « Je veux m'échapper de cette maison, mais de nombreux êtres courroucés, puissants et terrifiants m'en empêchent. »

Le père alla immédiatement chez Paldèn Sangpo et lui demanda de venir chez lui. Lorsque Paldèn Sangpo arriva, il demanda à l'esprit : « Comment peux-tu faire du mal à tant d'êtres mères sensibles alors que toi-même tu ne supportes même pas cette légère souffrance ? À partir de maintenant, tu ne dois plus faire de mal à qui que ce soit. Si tu ne promets pas de cesser de faire du mal aux autres, Yamantaka ne te laissera pas partir. » L'esprit répondit : « Je suis les ordres du chef des esprits béhars. Si je ne fais de mal à personne, mes pouvoirs diminueront et je souffrirai. S'il te plaît, ne m'en demande pas tant, réduis l'engagement. » Paldèn Sangpo dit alors à l'esprit « Tu devras pour le moins me promettre de ne plus faire de mal à ceux qui récitent les prières Gandèn lhagyäma ou Migtséma », et l'esprit lui dit : « Oui, je peux te promettre cela. » Paldèn Sangpo ramassa alors les boules de son mala qui se trouvaient aux issues de la maison, et l'esprit quitta immédiatement le corps du garçon et s'enfuit. Le garçon redevint normal et ne souffrit plus. Plus tard, les gens réalisèrent clairement que tous ceux qui récitent les prières Gandèn lhagyäma et Migtséma sont protégés du mal causé par les esprits béhars.

Les prières Gandèn lhagyäma et Migtséma viennent toutes les deux de L'écriture d'émanation kadam. Ce texte, qui a la même nature que la sagesse de Mandjoushri, ne peut pas être vu par les êtres ordinaires et les instructions qu'il renferme ne sont pas écrites en lettres ordinaires. Pour que les êtres ordinaires puissent voir ces prières, Paldèn Sangpo les a écrites avec des lettres ordinaires, sous forme de prose. Par la suite, Khädroub Sangyé Gyatso a écrit les versets que nous récitons aujourd'hui.

Djé Paldèn Sangpo a transmis ces instructions à Gyoutchèn Guèndounpai, qui les a transmises à Gyoutchèn Tashipa, qui les a transmises à Djé Samdroub Gyatso, qui les a transmises à Tsöndroupa, qui les a transmises à Dordjé Sangpo, qui les a transmises à Khädroub Sangyé Gyatso. Ces instructions sont finalement parvenues jusqu'à Djé Phabongkhapa et Kyabdjé Tridjang Dordjétchang, père et fils spirituels.

Cette lignée est une lignée proche non commune qui va de Bouddha Shakyamouni à Mandjoushri puis directement de Mandjoushri à Djé Tsongkhapa, Djé Shérab Sènghé et ainsi de suite. Par la bonté de Djé Shérab Sènghé, Djé Paldèn Sangpo et Khädroub Sangyé Gyatso, ces instructions se sont répandues dans tout le Tibet. Étant donné que ces lamas venaient d'un endroit appelé Sé, dans la région du monastère de Tashilhounpo, cette lignée a été appelée la « lignée ségyou ».

LES BIENFAITS DE CETTE PRATIQUE

Lorsque nous pratiquons le gourou yoga de Djé Tsongkhapa selon la lignée ségyou, nous méditons sur notre gourou racine qui est sous l'aspect de Djé Tsongkhapa – la personnification d'Avalokiteshvara, de Mandjoushri et de Vajrapani – nous lui offrons les sept membres et le mandala, faisons des requêtes avec la prière Migtséma, puis nous pratiquons les étapes des profondes méditations. En pratiquant ainsi avec sincérité, nous pouvons pacifier tout notre karma négatif et tous nos obstacles, et accroître notre mérite, notre durée de vie et nos réalisations du dharma. Nous pouvons tout particulièrement accroître facilement nos réalisations de la compassion, de la sagesse et de notre pouvoir spirituel, parce que Djé Tsongkhapa est en même temps une émanation d'Avalokiteshvara (la personnification de la compassion de tous les bouddhas), de Mandjoushri (la personnification de la sagesse de tous les bouddhas) et de Vajrapani (la personnification du pouvoir de tous les bouddhas). Ce qui est particulièrement important, c'est de faire grandir notre sagesse parce que la sagesse est l'antidote de l'ignorance, la racine de toute notre souffrance. En effet, Bouddha dit dans le Soutra de la perfection de la sagesse que ceux qui manquent de sagesse sont comme des aveugles qui rencontrent continuellement des problèmes et des souffrances parce qu'ils ne peuvent pas voir. La meilleure méthode pour faire grandir notre sagesse, et par là même de nous protéger de la souffrance, est de pratiquer le gourou yoga de Djé Tsongkhapa, parce que Djé Tsongkhapa est une manifestation de la sagesse de tous les bouddhas.

Si nous avons totalement confiance en cette pratique, sur la base d'une pacification de notre négativité et de nos obstacles, et d'un accroissement de notre durée de vie, mérite, compassion, sagesse et de notre pouvoir spirituel, alors nous obtiendrons facilement toutes les réalisations du soutra et du tantra. Finalement, nous atteindrons l'union au-delà de l'étude, ou bouddhéité. Les disciples de Djé Tsongkhapa ont une connexion spéciale avec lui, c'est pour cela qu'ils peuvent atteindre, avec une grande aisance, tous les résultats bénéfiques de la pratique de la doctrine de Djé Tsongkhapa, en pratiquant ce gourou yoga.

Comme nous l'avons vu, Paldèn Sangpo a maîtrisé des esprits béhars, protégé de nombreuses personnes d'une mort prématurée et pacifié leur souffrance grâce à la pratique de la récitation des prières Gandèn lhagyäma et Migtséma. Dans le récit mentionné ci-dessus, l'esprit béhar a vu les boules du mala de Paldèn Sangpo sous la forme de terrifiants êtres courroucés qui, en réalité, étaient Yamantaka. Cela indique clairement qu'atteindre l'accomplissement de Djé Tsongkhapa a la même fonction qu'atteindre l'accomplissement de Yamantaka, réciter la prière Migtséma a la même fonction que réciter le mantra de Yamantaka, méditer sur Djé Tsongkhapa a la même fonction que méditer sur Yamantaka, et ainsi de suite. « Yamantaka », ou « Shine djé shé » en tibétain, signifie « opposant des obstacles extérieurs, intérieurs et secrets ». Les pratiques de Gandèn lhagyäma et de Migtséma sont donc de puissantes méthodes pour pacifier ces trois types d'obstacles. Les obstacles extérieurs comprennent le mal venant des êtres humains ou non humains, les dangers des éléments extérieurs, tels que le feu et l'eau, les différentes sortes d'accidents et l'absence de conditions nécessaires à la pratique spirituelle. Les obstacles intérieurs comprennent la maladie, les fortes perturbations mentales et les pensées négatives qui se produisent à l'intérieur de notre esprit. Les obstacles secrets sont les apparences ordinaires, les conceptions ordinaires et l'apparence dualiste subtile.

Bien que Yamantaka et Djé Tsongkhapa soient tous deux des manifestations de Mandjoushri, pour les adeptes de Djé Tsongkhapa, les pratiques de Gandèn lhagyäma et de Migtséma sont plus puissantes que la pratique de Yamantaka. Il y a trois raisons à cela : (1) les adeptes de Djé Tsongkhapa ont une connexion directe avec la doctrine de Djé Tsongkhapa ; (2) les pratiques de Gandèn lhagyäma et de Migtséma ont été enseignées directement par Mandjoushri lui-même, et Djé Tsongkhapa est le principal gourou de cette pratique ; et (3) les instructions de Gandèn lhagyäma et de Migtséma ont la lignée proche non commune mentionnée plus haut. Quand nous accomplissons la pratique de Gandèn lhagyäma et de Migtséma, nous accomplissons non seulement les pratiques des Mandjoushris – courroucé et pacifique –, mais également celles d'Avalokiteshvara et de Vajrapani.

Le mahasiddha Mènkhangpa a dit :
Le dharma non fallacieux, c'est le lamrim, le lodjong et le mahamoudra.

« Mahamoudra » se rapporte ici au mahamoudra vajrayana qui contient les pratiques de l'étape de génération et de l'étape d'accomplissement du mantra secret. Les instructions sur ces trois dharmas – le lamrim (les étapes de la voie), le lodjong (l'entraînement de l'esprit) et le mahamoudra – sont le cœur de la doctrine de Djé Tsongkhapa et l'essence même du bouddhadharma. Pour obtenir les réalisations de ces trois dharmas, nous devons recevoir dans notre esprit les puissantes bénédictions de Djé Tsongkhapa en pratiquant avec sincérité les prières Gandèn lhagyäma et Migtséma.

Le mahasiddha Mènkhangpa et le Pantchèn Lama, Paldèn Yéshé, ont composé onze instructions différentes sur des pratiques de guérison rituelles en conjonction avec la prière Migtséma. Ces pratiques servent à : (1) faire tomber la pluie pour les récoltes, (2) rassembler les nuages, (3) guérir la maladie « drib », une maladie corporelle, provoquée par les esprits, qui fait tomber les gens et les rend inconscients sans raison apparente, (4) éviter les blessures par les armes, (5) prévenir les futures maladies drib, (6) guérir les maladies du vent, ou « loung », (7) guérir les handicaps physiques et mentaux, (8) protéger contre les voleurs, les brigands et les ennemis, (9) pacifier ce qui fait obstacle à la croissance des récoltes, tel que les insectes, (10) trouver de la nourriture, et (11) pacifier les obstacles lors des voyages. Ceux qui ont terminé une retraite d'approche du Migtséma peuvent effectuer ces pratiques de guérison pour le bien des autres.

En tout, il existe cent huit pratiques rituelles en conjonction avec la prière Migtséma. Elles ont été écrites par différents auteurs. Ce sont toutes des méthodes qui permettent d'aider les êtres sensibles.

La pratique du Migtséma est très importante pour exaucer nos souhaits et ceux des autres. De nombreuses personnes n'ont pas de considération pour cette pratique, car elles ne comprennent pas les bienfaits de la récitation de la prière Migtséma. D'autres l'ignorent, pensant que ce n'est qu'une petite pratique. Certains pensent même : « Cette pratique est petite, alors que moi je suis un grand pratiquant. » Une telle attitude est une conception erronée. Il y eut un ministre mongol qui demanda au Pantchèn Lama, Paldèn Yéshé, de lui donner une petite pratique qu'il pourrait faire chaque jour, car il était toujours très occupé. Le Pantchèn Lama lui demanda quel genre de pratique il désirait et le mongol lui répondit qu'il aurait aimé recevoir les instructions sur la pratique du Migtséma. Le Pantchèn Lama fut surpris et dit : « Comment pouvez-vous dire que la pratique du Migtséma est une petite pratique ? Il n'existe pas de plus grande pratique que celle-ci, elle contient toute la signification des quatre-vingt-quatre mille enseignements de Bouddha ! »