Editions Tharpa - Livres sur le bouddhisme et la m&ecute;ditation

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Le vœu du bodhisattva

Un manuel pratique pour aider les autres

Format: Couverture rigide
ISBN: 978-2-913717-07-7
Détail: 176 pages, 1ère édition avril 2003
Prix: 15.00 €  
 
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Couverture rigide

Chapitre1 - Introduction

Le sujet de ce livre est la discipline morale du bodhisattva. Le terme sanscrit bodhisattva est le nom donné à tous ceux qui, motivés par la grande compassion, ont généré la bodhitchitta, qui est un désir spontané d'atteindre la bouddhéité pour venir en aide à tous les êtres vivants. Puisque tout le monde a, à l'intérieur de son continuum mental, les graines de la grande compassion et de la bodhitchitta, et puisque chacun peut à un moment ou à un autre rencontrer un enseignant du dharma mahayana, chacun d’entre nous a la possibilité de devenir un bodhisattva en s'entraînant selon les enseignements du mahayana.

La discipline morale du bodhisattva est une discipline morale supérieure, et c'est la voie principale qui nous mène au bonheur ultime de la grande illumination. En général, la discipline morale est une détermination vertueuse d'abandonner toute action non vertueuse. Par exemple, si en voyant les inconvénients de l'action de tuer, du vol ou de la méconduite sexuelle, nous prenons la ferme décision de nous en abstenir, c'est une discipline morale. De même, la détermination de s'abstenir du mensonge, de la parole qui divise, de la parole blessante, du bavardage inutile, de la convoitise, de la méchanceté et du maintien de vues erronées est aussi une discipline morale.

Bouddha dit dans le Soutra de la pratimoksha qu'il vaut mieux mourir que de rompre sa discipline morale, car la mort ne détruit que cette seule vie, alors que rompre notre discipline morale détruit notre possibilité de connaître le bonheur dans de nombreuses vies futures et nous condamne à éprouver encore et encore les souffrances des renaissances inférieures.

Dans les pays bouddhistes, la discipline morale est considérée comme très importante, c'est pour cette raison que les moines et les nonnes sont tenus en si haute estime. Mais, il n'y a pas que les moines et les nonnes qui ont besoin de pratiquer la discipline morale, tout le monde en a besoin parce que c'est la racine de tout notre bonheur futur. Même si nous sommes de très grands érudits, si nous ignorons la pratique de la discipline morale, nos activités resteront sans succès et à l'avenir nous aurons bien des problèmes. Par contre, si nous observons consciencieusement notre discipline morale, nous pouvons résoudre tous nos problèmes humains et mener à bien nos pratiques spirituelles.

La pratique de la discipline morale est la cause principale de la renaissance en tant qu'humain. Si nous pratiquons la générosité sans observer une discipline morale, nous connaîtrons à l'avenir certains bons résultats, mais pas dans un corps humain. Nous pouvons bien, par exemple, renaître sous la forme d'un chien ou d'un chat de compagnie qui est choyé. La raison pour laquelle certains animaux reçoivent beaucoup de soins de la part des humains est qu'ils ont pratiqué la générosité dans leurs vies antérieures, mais la raison pour laquelle ils ont pris une renaissance inférieure est qu'ils ont rompu leur discipline morale dans leurs vies antérieures.

Si nous pratiquons la discipline morale en abandonnant les actions négatives, telles que l'action de tuer, avec la motivation d'obtenir le bonheur humain, cette discipline morale nous protégera à l'avenir des renaissances inférieures et elle sera la cause d'une renaissance en tant qu'être humain. Si nous pratiquons la discipline morale avec un désir sincère d'atteindre la libération pour nous-mêmes, ou la pleine illumination pour le bien de tous les êtres vivants, notre discipline morale est supérieure. Il y a trois types de discipline morale supérieure : la discipline morale de la pratimoksha, la discipline morale du bodhisattva et la discipline morale tantrique. Ces trois types de discipline morale diffèrent par la motivation avec laquelle ils sont pratiqués et par les chutes morales particulières qu'ils abandonnent. La discipline morale de la pratimoksha est principalement motivée par l'aspiration d'atteindre la libération personnelle, celle du bodhisattva principalement par la bodhitchitta et la discipline morale tantrique principalement par la bodhitchitta spéciale du tantra.

Les pratiques de discipline morale n'exigent pas toutes la prise de vœux. Par exemple, si nous nous rendons compte que l'action de tuer comporte de nombreuses fautes et qu'en résultat nous prenons la ferme décision de nous en abstenir, nous pratiquons la discipline morale, même si nous n'avons pas pris de vœu. Un vœu est une détermination vertueuse d'abandonner certains défauts et nous prenons cette détermination en conjonction avec un rituel traditionnel. De même qu'il y a trois types de discipline morale, il y a trois types de vœux : les vœux de la pratimoksha, les vœux du bodhisattva et les vœux tantriques.

« Pratimoksha » signifie « libération personnelle », et un vœu de la pratimoksha est de ce fait un vœu qui est motivé principalement par le désir d'atteindre la libération personnelle. Il y a huit types de vœu de la pratimoksha :

(1) Les vœux nyènnäs - les vœux de l'ordination d'un jour
(2) Les vœux d'une guènyènma - les vœux d'une femme laïque
(3) Les vœux d'un guènyènpa - les vœux d'un homme laïque
(4) Les vœux d'une guétsoulma - les vœux d'une nonne novice
(5) Les vœux d'un guétsoulpa - les vœux d'un moine novice
(6) Les vœux d'une guélobma - les vœux préliminaires pris avant de devenir une nonne pleinement ordonnée
(7) Les vœux d'une guélongma - les vœux d'une nonne pleinement ordonnée
(8) Les vœux d'un guélongpa - les vœux d'un moine pleinement ordonné

Les trois premiers sont des vœux pris par des laïcs et les cinq autres des vœux de l'ordination. Bouddha donne des instructions détaillées sur la discipline morale de la pratimoksha et sur les vœux de la pratimoksha dans les Soutras du vinaya.

Ce livre traite essentiellement des vœux du bodhisattva. Dans Le guide du mode de vie d'un bodhisattva, Shantidéva conseille à ceux qui veulent connaître les vœux du bodhisattva d'étudier d'abord le Soutra d'Akashagarbha, puis, pour avoir une explication plus détaillée des pratiques quotidiennes d'un bodhisattva, de lire Le compendium des entraînements. Shantidéva explique que ceux qui ont pris les vœux du bodhisattva doivent savoir quelles sont les chutes morales racines et secondaires, comment empêcher la dégénérescence de leurs vœux, comment purifier les chutes morales et comment mener jusqu'à son terme la pratique des vœux du bodhisattva. Tout cela est expliqué dans ce livre.

Une fois que nous avons pris les vœux du bodhisattva, il faut faire des efforts afin d'empêcher leur dégénérescence en les reprenant plusieurs fois par jour, puis éviter également d'encourir des chutes morales racines ou secondaires en nous en remettant à la vigilance, l'esprit d'alerte et l'esprit consciencieux.

Il y a quatre causes principales de dégénérescence des vœux de la pratimoksha, des vœux du bodhisattva ou des vœux tantriques. Elles sont appelées « les quatre portes pour encourir des chutes morales ». Ce sont : ne pas savoir ce que sont les chutes morales, manquer de respect pour les instructions de Bouddha, avoir de fortes perturbations mentales et un esprit non consciencieux.

Pour fermer la première porte, apprenons quelles sont les chutes morales et comment nous nous y exposons. Nous pouvons y parvenir en écoutant des enseignements sur ce sujet ou en lisant d'authentiques commentaires, tels que les instructions données dans ce livre.

Pour fermer la deuxième porte, essayons de surmonter notre manque de respect en contemplant ce qui suit :

Puisque Bouddha est omniscient, c'est-à-dire qu'il connaît simultanément et directement tous les phénomènes passés, présents et futurs, et puisqu'il a une grande compassion pour tous les êtres vivants sans exception, il n'y a aucune raison de manquer de respect à l'égard de ses enseignements. C'est seulement à cause de mon ignorance que parfois je n'y crois pas.

Pour fermer la troisième porte, essayons de soumettre nos fortes perturbations mentales en pratiquant les méditations qui sont décrites dans Le manuel de méditation. Si nous devenons capables de toujours maintenir de bonnes intentions, telles que l'amour, la compassion et la bodhitchitta, en pratiquant le lamrim, il n'y aura plus aucune base pour encourir les chutes morales de la pratimoksha ou du bodhisattva, et si nous arrivons à surmonter les apparences et les conceptions ordinaires, en pratiquant l'étape de génération et l'étape d'accomplissement, il n'y aura plus aucune base pour encourir les chutes morales tantriques.

Nous pouvons fermer la quatrième porte, l'esprit non consciencieux, en nous rappelant fréquemment les inconvénients de nous exposer aux chutes morales et les avantages d'une discipline morale pure. De cette manière, nous devenons de plus en plus consciencieux.

En bref, la méthode pour prévenir la dégénérescence de nos vœux consiste à s'entraîner au renoncement, à la bodhitchitta, à la vue correcte de la vacuité, à l'étape de génération et à l'étape d'accomplissement. En faisant ces pratiques avec sincérité, nous surmonterons nos attitudes ordinaires et nous contrôlerons notre esprit, supprimant par là même toutes les bases possibles de chutes morales.