De nombreuses personnes ont le désir compatissant de venir en aide aux autres, mais très peu savent comment y parvenir dans la vie de tous les jours.
Les bodhisattvas sont les amis du monde entier. Leur compassion est si grande qu’ils sont capables de transformer toutes leurs activités quotidiennes en moyens d’aider les autres.
La voie du bodhisattva a été expliquée de façon excellente par Shantidéva, un maître du VIIIe siècle, dans ce poème apprécié partout dans le monde, Le guide du mode de vie d’un bodhisattva. Ce commentaire nous révèle dans son intégralité l’efficacité totale et la profondeur de ce magnifique poème et le rend applicable dans notre vie.
Ce manuel pratique est essentiel pour tous ceux qui désirent suivre le mode de vie d’un bodhisattva.
Extrait du livre:
Une explication détaillée du pouvoir de la joie
Chaque fois que nous commençons notre pratique du dharma, ayont l’esprit joyeux. Si nous nous laissons dominer par les difficultés d’ordre physique ou mental qui peuvent se présenter, notre capacité de pratiquer sans jamais cesser en sera plus tard entravée. Par exemple, si nous faisons une retraite de méditation d’un mois et que nous constatons que notre esprit est plein de problèmes, il est peu probable que nous soyons motivés de faire encore ce genre de retraite. Un grand nombre de problèmes et difficultés se produisent parce que nous ne savons pas comment pratiquer d’une manière raisonnable et cherchons à faire ce qui est au-dessus de nos forces. Le résultat d’une méthode aussi extrême n’est rien d'autre que le mécontentement.
Si nous pouvons garder un sentiment de joie, non seulement connaîtrons-nous le bonheur intérieur et la paix, mais notre pratique portera aussi rapidement ses fruits. En résultat, nous allons encore plus apprécier d’avoir l’opportunité de pratiquer. [63] À la manière d'un sportif qui aime pratiquer son sport et ne serait jamais content d'y renoncer, pratiquons le dharma sans jamais nous en fatiguer et n'ayons qu'un désir, en faire plus.[64] Dans leur recherche du bonheur les personnes mondaines mettent beaucoup d’efforts dans des affaires commerciales, bien que leur réussite ne soit pas du tout certaine. Leurs entreprises seront peut-être profitables, mais il est également possible qu'il n'y ait pour résultat que frustration et insatisfaction. Malgré cette incertitude ces personnes soutiennent leurs efforts avec joie et enthousiasme. Quand nous pratiquons le dharma il ne peut pas y avoir de doute au sujet du résultat, il est certain que ce sera le bonheur. Puisque les gens peuvent se montrer enthousiastes pour une chose dont le résultat est si douteux, pourquoi ne prenons-nous pas un grand plaisir et beaucoup de joie à la pratique de quelque chose qui ne nous trahira jamais ?
Ceci est un point important à considérer. Il faut examiner en grand détail pour voir si nos activités habituelles nous apportent oui ou non les résultats escomptés. En général, nous sommes très motivés dans notre recherche des cinq objets du désir : les formes, les sons, les odeurs, les saveurs et les objets tactiles agréables. [65] Cependant, comme l’a dit Bouddha Shakyamouni, tous ces objets sont semblables à du miel déposé sur le fil d’un rasoir ou à une très belle fleur qui serait en fait vénéneuse. Si nous approchons ces cinq objets des sens avec le grand attachement qu’ils suscitent normalement, soyons prêts à continuer à éprouver sans fin les souffrances et l’insatisfaction du samsara.
Si nous mangeons quelque chose qui a l’air bon mais qui est en fait empoisonné, il est possible qu’en premier lieu nous n’éprouvions rien d’inquiétant. Cette nourriture peut même avoir d'abord un goût assez doux. Mais après avoir avalé cette nourriture empoisonnée elle devient la cause d’intenses douleurs. De la même manière, si c'est avec beaucoup de désirs et d’attachement que nous usons d’objets attirants, nous pouvons bien éprouver d'abord quelque plaisir mais celui-ci s’évanouira rapidement pour n’être remplacé que par l’insatisfaction, le désespoir et la souffrance. Cette attirance pour ces plaisirs transitoires ferme la porte de la libération et ouvre celle qui mène aux trois règnes inférieurs.
Dans une autre analogie, Bouddha Shakyamouni a comparé les objets du désir à un feu. Quand nous avons froid, il est possible de trouver un soulagement en nous asseyant devant un feu, mais si nous le surestimons en pensant que c’est une source de plaisir et que nous nous en approchions jusqu’à le toucher, nous serons gravement brûlés. C’est avec un plaisir extrême que le papillon de nuit se laisse attirer par la flamme d'une bougie, mais il est bientôt consumé et carbonisé par celle-ci. De même, si nous sommes excessivement attachés aux petits plaisirs procurés par les objets attirants, cela nous prive du bonheur certain de l’illumination et nous expose à la déception et au malheur.
Il est très utile de garder les analogies précédentes présentes à l’esprit et de méditer sur les nombreux défauts et inconvénients des désirs samsariques. Une fois devenus insatisfaits dans notre recherche des objets des sens qui nous procurent de brefs plaisirs et des souffrances durables, nous pouvons comme le fait Shantidéva nous demander ceci :
Pourquoi est-ce que je n’entre pas dans la voie de la libération dans laquelle on n’entend jamais parler de souffrance et qui apporte le bonheur temporaire et ultime ? Tout au long de ma pratique du dharma je serai comme cet éléphant qui, tourmenté par la chaleur du soleil du midi, se plonge pour se rafraîchir dans les eaux d’un étang. [66]
Tout en pensant ainsi au soulagement tant attendu que nous offre le dharma, ce n'est pas avec le cœur gros qu'il nous faut approcher notre pratique, mais avec joie et un grand enthousiasme.
